Neïmo (+ Music is not Fun) à la Boule Noire

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SNCF, remballe tes pubs pourries pour l’Eurostar ! Comme c’est la crise, ce soir on prend plutôt la ligne 12 pour aller à la Boule Noire (The Black Ball), ça coûte 67 fois moins cher (Thank you, cheap RATP) et quand on rentrera, on aura l’impression d’être partis à Londres, un peu à l’image de Jean Floressas Des Esseintes, le personnage du petit livre décadent A Rebours (1884), qu’une soirée brumeuse sur la rue de Rivoli, un bon rosbif aux pommes et deux pintes d’ale suffisent à transporter outre-manche. Car ce soir on va voir deux groupes français, certes, mais qui s’inspirent plus de Pulp que de Noir Désire : Music is Not Fun et Neïmo ; et quand je dis « on », je veux dire, en plus de moi : un premier rang jeune et féminin et une remarquable brochette de photographes. On est entre gens civilisés, so personne ne s’offusquera de mon emploi occasionnel de la langue de Shakespeare David Bowie.

Music is Not Fun (web)

Le groupe lyonnais Music in Not Fun revendique leur Britishness adoptive : les coupes de cheveux, les jeans slims, les T-shirt à message (« I am an Essex Girl »), la rythmique, les mélodies… Leur fan club, nommé « Music is Not Fun United » se pare d’ailleurs de tous les attributs des meilleurs clubs de supporters anglais (Manchester, for instance). Ils sont jeunes, ils ont une belle gueule. Niveau musique comme niveau physique, ils ont un côté gentil genre Beatles, et un côté plus bad boys genre kinks pour un quatuor assez classique : batterie / basse / guitare / chant-guitare. Le public écoute d’une oreille attentive, quelques cris de jeunes filles surgissent parfois (abonnées au fan club ?). Les quatre garçons maybe bientôt dans le vent montrent qu’il commencent à maîtriser la scène et ses gimmicks. Depuis le début j’avais un peu bloqué sur Lucas, le batteur – non, c’est pas ce que vous pensez, d’ailleurs il est bien trop jeune pour moi ; c’était parce qu’il était à fond 100% du temps, au moindre « pom-tchak pom-pom-tchak » tout banal, il était à fooooooooond. Changement de disposition, c’est justement lui qui prend le micro pour la chanson « HP », un peu décalée par rapport au reste de leur set, l’accent mancunian inclus s’il vous plaît, un « suck me » très bad boy lancé à l’auditoire pas encore tout à fait en délire.

Un set assez convaincant, à part leur dernière chanson London, (je vous l’avais dit, ils assument leur allégeance à l’ « ennemi héréditaire »…) moins convaincante because les vocals ne sont pas encore très bien calés. But well… il reste encore un mois avant la sortie de leur album, prévue en janvier 2009. Good Luck, les gars !

Neïmo (web)

Ce qui est chouette à la Boule Noire, c’est le côté Do It Yourself. Ainsi, une fois qu’on a bien dit au revoir à Music is Not Fun, que les lumières se rallument et qu’on attend tranquillement Neïmo en sirotant une bière (j’aurais préféré a cup of tea, voire même une verveine because il fait froid et que je me fais vieille, mais bon…), et bien qui c’est-ti qui revient pour démonter la batterie et dé-scotcher les fils ? Dans une ambiance « faites comme si j’étais pas là », les membres de Music is Not Fun range leur foutoir de la scène, et ceux de Neïmo y introduisent le leur et apportent les dernières touches à la balance.

La vraie entrée en scène de Neïmo fut éclairée de la seule loupiote du cameraman qui les filmait. Ils entamèrent leur set par « Echoing Pixels », morceau efficace au potentiel de tube, puis « Carsick » et « Deceit ». Première impression : musicalement, un très bon équilibre entre guitares et synthés, pour un set dans l’air du temps, rythmé et efficace. They’ve got attitude : d’aucuns pourraient dire qu’ « ils s’la jouent » sur scène. Moi je trouve ça très bien, une scène est une scène, et c’est normal d’y jouer, surtout quand, comme eux, on maîtrise l’exercice. (j’espère tout de même que le chanteur est vacciné contre le tétanos car on dirait que ça fait longtemps que les planches de la Boule Noire n’ont pas vu d’aspirateur) Un peu plus eût été trop, or à aucun moment ils ne perdent la complicité du public. On se dit qu’ « ils sont sympas, quand même »… ils disent bonjour à leurs potes dans l’assistance, ils invitent même le public (TOUT le public) à les rejoindre après le concert pour prendre un verre ; en insistant un peu, je suis sûre qu’on aurait pu avoir le digicode de chez eux. Même quand le cameraman fait tomber un ampli, forçant le groupe à interrompre un morceau, ils restent imperturbablement sympas (moi j’aurais été vénère).

Dans la playlist, entre autres, « The Hourglass », « Something in Common », « Peter and the Wolves ». Pendant ce temps-là, plein de choses se sont passées : Sacha, de Second Sex, est venu jouer du saxo sur un morceau, et surtout Vincent (nouveau batteur) et Bruno (chant) ont tombé le t-shirt, et ça ce fut une bonne nouvelle ; c’est pas parce qu’ils ont un look un peu emo-androgyne qu’on a pas envie de voir leurs pectoraux. Malheureusement, Mathieu (claviers) portait une chemise, qui par définition est plus difficile à enlever, et Camille (guitare) était quant à lui affublé de bretelles, ce qui aurait rendu la tentative d’enlever son t-shirt périlleuse, l’exposant à une chute de pantalon inopinée.

Mais revenons à la musique : le jeu de scène maîtrisé et les mélodies inspirées de nos quatre wild boys (remarquez la subtile allusion à Duran Duran) rappellent toute la musique outre-manche, des années 80 à aujourd’hui ; de David Bowie (un gallois, rappelons-le à toutes fins utiles), à Pulp en passant par The Smiths, Blondie ou d’autres sources moins avouables comme Paul King. D’ailleurs la plupart des critiques de Neïmo que l’on peut lire sur le net est une longue liste des influences débusquées au détour d’un refrain ; je vous laisse le plaisir de trouver tout ça vous même en écoutant leur dernier album Moderne Incidental. Tout cela pourrait sembler très « ancien combattant » des eighties, mais heureusement Neïmo est surtout un groupe d’actualité, qui plaît aussi à un public né dans les années 90, c’est-à-dire assez jeune pour ignorer que Philippe Manoeuvre a fait des trucs avant La Nouvelle Star.

Le « plus » du groupe, c’est la belle voix grave de Bruno qui, non content de nous donner à entendre son timbre de voix sophistiqué, le fait sur des paroles d’un anglais d’excellente facture ; oui, j’ai fait de longues et coûteuses études pour flairer l’accent français et devenir « frog detector » professionnelle. On comprend donc que le monde anglo-saxon semble leur sourire.

A la fin du gig, on a eu le plaisir d’entendre l’excellent « Poison the Chalice » (qui sent le tube), « Hot Girl », « Johnny 5″ et « The Lines ». J’ai dû partir sans entendre les morceaux du rappel, ce qui est fort dommage car j’ai beaucoup apprécié leur prestation, et que, comment vous dire, pour une enfant du rock comme moi, c’était un peu Just Like Heaven.

publié par Cécile le 14.12.08

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5 commentaires

  1. Hey cet article il est comme ce concert, ça rocks des chatons !

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  2. Merci ! Vu l’angle de tes photos, on ne devait pas être bien loin…

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  3. Le report déchire sa mère et les photos déchirent son père !

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  4. je suis assez d’accord sur ce jugement, pauvres parents.

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  5. My my my, I wish I’d been there…

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