J’ai toujours rêvé d’être un gangster

L’histoire d’un braqueur sans arme dont la victime est elle-même une braqueuse, armée. Deux kidnappeurs amateurs qui enlèvent une adolescente suicidaire. Deux chanteurs qui parlent d’un tube volé. Cinq septuagénaires qui se retrouvent pour un dernier coup … (Fiche Allociné)

Souvent réduit par les critiques à un assemblage de 4 sketches, ce film offre pourtant davantage. Mettant sur un piedestal ce qui aujourd’hui apparaît comme démodé, Samuel Benchetrit – écrivan que j’admire – propose une histoire qui aurait dû être plus commentée. Amoureux passionné du Cinéma, il donne enfin de la consistance à notre patrimoine cinématographique.

Justesse et Silence

J\'ai toujours rêvé d\'être un gangster, film Samuel Benchetrit | Mars Distribution

La plume de Benchetrit fait une fois de plus mouche. D’une écriture sensible, juste et forte (lire Moins 2 ou Chronique de l’asphalte) il donne au spectateur une vision poétique du monde. Ici chaque glissement d’image, chaque souffle ou silence est justifié ; la beauté de la précision ne peut qu’être appréciée. Lorsque dominent des plans fixes, le regard des acteurs figent tout, et le son (ou l’absence de son) fait le reste. La BO du film est magnifique, on se demande vraiment comment un si jeune cinéaste a réussi à emmagasiner autant. Rien que le titre de Kris Kristofferson apparaissant sur la BA fait figure d’incontournable, alors que pour ma part je n’en avais jamais entendu parler. En fondu avec l’ambiance de la cafétéria – semblant hors du temps – qui fait office de liaison entres les « sketches », d’autres chansons comme Speedy Gonzales (Pat Boone) ou 24000 Baci (Adriano Celentano) rendent le film léger.

Noir & Blanc et Modernité

J\'ai toujours rêvé d\'être un gangster, film Samuel Benchetrit | Mars Distribution

Oser tourner en noir et blanc alors que les productions hollywoodiennes multiplient les effets « plus que spéciaux » et que la recolorisation des vieux films devient irrémédiable, relève d’un choix esthétique bien plus que commercial. Samuel Benchetrit n’est pas là pour faire son beurre, mais simplement pour redonner ses lettres de noblesse au cinéma français ; en faisant un tel choix il s’auto-marginalise aux côtés des plus grands. Des effets (accélération genre Laurel et Hardy, rétrécissement-zoom circulaire, épilogue cinéma-muet) qu’on aurait pu trouver has-been ou moqueurs deviennent fascinants ; on redécouvre l’âge d’or du cinéma.

Pourtant ce film n’est pas non plus un simple hommage nostalgique. Il mêle les inspirations du cinéaste à ce qui se trouve sous ses yeux. Relatant au premier plan l’histoire de gangsters maladroits, ce film aborde en finesse – sans paraître moralisateur – le thème de l’adolescence mais aussi l’individualisme / amitié. Le casting éclectique et séduisant regroupe des acteurs confirmés (Jean Rochefort, Roger Dumas, Jean-Pierre Kalfon …), des plus jeunes (Anna Mouglalis, Edouard Baer), des moins connus (Serge Larivière, Bouli Lanners), des en devenir (Selma El Mouissi) et même des chanteurs ne s’étant jamais donné à l’exercice (Arno, Alain Bashung).

Sourire

« Le sourire est la perfection du rire ». Sans sombrer dans la grosse poilade, ce film est en contrôle permanent du rire ; c’est pourquoi il apparaît d’autant plus sympathique. Sourire de tout et de rien, sourire quand les gangsters échouent, sourire pour la musique, sourire pour le rire de Suzie (Anna Mouglalis), sourire pour l’accent belge, sourire durant la discussion philosophique des chanteurs, sourire tout le temps mais ne jamais pleurer.

publié par zecharlie le 27.05.08

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