HibOO d’Live : Rebekka Karijord

Il arrive souvent, sur Paris en tout cas, que vous vous déplaciez pour un groupe bien précis, et qu’au final, vous n’ayiez retenu de la soirée que la première partie. Parce qu’elle était prodigieuse, brillante, magnétique et magique, effaçant la star de la soirée.

C’était au Café de la Danse. Chris Garneau offrait un concert à guichets fermés, et n’avait pas lésiné sur les moyens : des cuivres, des cordes, des inédits. Il avait mis le paquet pour que cette date parisienne reste mémorable. Mais voilà, en guise d’amuse-bouche, certains étaient déjà repus par gourmandise avec la ravissante Rebekka Karijord. Il faut dire que ne pas tomber sous le charme de la suédoise (native de la Norvège), musicalement parlant, aurait été ce soir là une faute de goût certaine : pianiste, harpiste, et chanteuse hors pair, elle a séduit l’auditoire au point de trouver la vedette trop fade, ou trop effacée.

Le soir même, je recherchais la brune aux yeux cristallins sur Facebook, et en profitais pour lui écrire un mail dithyrambique sur sa prestation, en croisant les doigts, un jour, de pouvoir la filmer dans le cadre des HibOO d’Live. L’eau a coulé sous les ponts de Paris, et un beau jour de mars, dans le cadre d’un merveilleux festival, l’un des derniers à ne présenter que des groupes quasi-inconnus mais de qualité indéniable (pour ceux et celles qui se poseraient la question : les femmes s’en mêlent), j’ai réussi à l’attraper au Centre Culturel Suédois.

Cette salle, véritable dilemme pour un padawan filmmaker, propose autant d’avantages que d’inconvénients : la lumière est brute, les murs sont trop clairs – mais permettant des projections d’ombre les soirs de concert – et surtout, surtout … le sol grince énormément. Il faudra faire avec, et accepter ces bruits intempestifs. En contre-partie, la salle dispose d’un piano à queue majestueusement magnifique, d’une acoustique irréprochable, et est abrité dans une moindre mesure des bruits du monde extérieur. Filmer à l’intérieur de cette pièce revient à s’isoler du monde avec un artiste. Ce qui, dans le cas de Rebekka, n’est réellement pas un problème.

La femme a déjà tout planifié dans sa tête, elle veut faire 3 titres (en général je n’en demande pas plus d’un, pour éviter la redondance dans la manière de filmer dans un lieu unique), dont, cadeau pour toi, un titre inédit qu’elle n’a interprété qu’une fois la veille en concert … il est donc tout frais, encore imparfait, dans l’absolu très simple (4 accords, voire 5 pour les pointilleux : d’une part » la majeur / mi mineur / ré majeur / fa# mineur et d’autre part » fa# mineur / mi majeur / ré majeur et la majeur) mais crois-moi, il claque sa mère en string devant le Prisunic. Sous ses faux airs de This Mortal Coil / Song to the Siren, Ode to What is lost incarne parfaitement la dualité qui peut exister dans les compositions de la suédoise : un tiraillement permanent entre puissance et fragilité, entre brualité et finesse, entre cris et murmures … je ne m’appelle pas Bear Grills, je suis incapable d’être en apnée plus de 2mn30 … mais je me rappelle ne pas avoir pris beaucoup de fois ma respiration, tant ce titre m’a explosé en pleine face au moment de l’enregistrer.

Rebekka Karijord : Ode to what is lost

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La chanson se termine sur une note longue, j’arrête tout mouvement respiratoire, elle souffle de son côté, j’en fais de même. Chacun était réellement concentré de part et d’autre de la caméra. Toujours au piano, elle propose d’interpréter son « single », Wear it like a crown, avec toujours cette recette merveilleuse : accords au piano très simple, ligne vocale sublime, interprétation sans faille, le tout hors du temps, un peu comme dans ce vieil épisode de Twilight Zone intitulé A Stop at Willoughby, Le Centre Culturel Suédois représentant cette parfaite bourgade où tout le monde est heureux, coupée de la réalité. Sauf qu’ici, point d’allégorie avec le repos éternel, quelques minutes avec Rebekka se transforment littéralement en quelques dixièmes de seconde.

Rebekka Karijord : Wear it like a crown

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Mais là où j’attendais la demoiselle au tournant, c’était accompagnée de sa mini-harpe. Pour deux raisons. D’une part, pour profiter d’un « bug » du 5d Mark II, qui permet de capturer les oscillations d’une corde lorsque tu filmes au delà de 1/500ème, et que donc visuellement, c’un peu joli sur les bords, et d’autre part, parce que c’est clairement avec les chansons basées sur cet instrument que Rebekka avait attiré toute la sympathie du Café de la Danse. Des compositions souvent plus légères, mettant davantage en valeur sa voix … nul besoin de vouloir faire compliqué, il suffit de se laisser emporter. Dans l’absolu, il s’agit de la moins technique des trois titres, mais elle ne manque pas de cachet pour autant.

Rebekka Karijord : Paperboy

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Moralité : il faut toujours être présent, à des concerts, au moment où les premières parties ouvrent le bal : c’est très souvent chiant et hors propos, mais parfois, l’on tombe sur des perles comme Rebekka Karijord, et cela rattrape toutes les bouses préalablement ingérées de force.

Rebekka reviendra en fin d’année en France pour un concert haut de gamme, avec plein de musiciens et tout … visiblement elle était très excitée rien qu’à l’idée d’en parler. Cela sous-entend donc que cela sera encore mieux que le Café de la Danse … ce qui, à l’heure actuelle, me semble guère imaginable. So. Excited too :)

» www.rebekkakarijord.com

publié par Rod le 29.03.11

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5 commentaires

  1. Découverte avec Ann Brun au Café de la Danse il y a 2 ans (je crois ?)… j’ai fondu littéralement en regardant ce HibOO d’-live qui lui est consacré.
    Encore une fois, le HibOO a la Grande Classe et connais à merveille le sens du mot « partage » musical.
    Des images, aux mots, jusqu’au son… Merci :)

  2. euh..! Rebekka est norvégienne même si elle réside en Suède ;)

    • j’ai rectifié légèrement : mais quelqu’un qui habite en Suède meme si l’on est Norvégien s’appelle … un Suédois. Désolé pour le raccourci :)

  3. J’aurai gardé le meilleur pour la fin… et effectivement, même si j’ai moi aussi envie de dire que, tu as beau avoir déjà filmé un certain nombre d’artistes, « on n’est qu’en mars » : par conséquent, d’autres très belles sessions sont donc encore à venir dans le courant de l’année, mais ce HibOO d’Live entre clairement dans mon Top 3 de ce Q1 2011, aux côtés de The Do et de Cyril Mokaiesh (en considérant les dates de tournage, autrement dit Mademoiselle K comme appartenant au Q4 2010) !

    Ce qui est bluffant, c’est ce splitscreen en diagonale, de 3:00 à 3:40 environ, dans le premier titre : et pourtant, tu étais bien seul à la caméra… on peut donc filmer simultanément selon 2 angles de vue différents au 5D Mark II… ou bien c’est de la pure post-prod, avec juxtaposition de l’image d’origine et du produit de sa rotation à 180° ? :)

    Et puis les oscillations aussi, en effet, dans cette troisième chanson… Une dédicace qui sans aucun doute, va beaucoup plaire à mes 4 Paperboys !!!

  4. Merci vraiment très beaucoup le HibOO….