Ro(a)d Trip @ Los Angeles, Day 4
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Mon séjour de l’autre côté du globe ressemble, à s’y méprendre, au jour sans fin de Harold Ramis : je me réveille tôt, je retouche quelques vidéos et photos avec mon MAC aussi puissant que pouvait l’être un TO9, Thibaut frappe à ma porte, on se fait un petit-déjeûner au Shelly’s digne de ce nom (frites, double hamburger et mega « Diet Coke » comme ils disent … ce genre de repas à 8h30 du matin, c’est un peu la vraie vie), l’on repart dans nos chambres respectives, j’écris mon article quotidien, il envoie ses emails, on se check 1 heure plus tard, et l’on arpente les rues infinies de Los Angeles.
Toutefois, malgré cette euphorie journalière inusable, ce 23 février sera l’allégorie même d’un concept cher à Freud : l’acte manqué. Sur un plan professionnel. Car humainement ce sera au contraire le point culminant de ce trop court séjour. Pour être franc, j’ai autant envie de repartir de L.A. que d’aller voir un « concert » (sic) du triple oxymore : Mozart, l’Opéra Rock (les mauvaises langues vont me rétorquer : comment oses-tu, toi qui est allé voir Dorothée, Tokyo Hotel ou Coeur de Pirate ? … auquel cas ma réponse serait aussi lapidaire que sans équivoque : je t’emmerde). J’ai toujours été fasciné, depuis gamin, par la beauté de la nature. Mon père m’emmenait souvent des journées entières pêcher au bord de la Marne, à fabriquer dans des forêts des tipis, ou à me montrer des endroits sublimes (oui la Haute-Marne est un département de MERDE, mais c’est joli, dans son genre, il faut aimer le conifère) … et ce genre de plaisir « simple » ne m’a jamais quitté. Ici, tous ces souvenirs passés sont exacerbés à l’extrême, et ces teintes si particulières à la côte ouest, ces maisons dont émanent une âme qui te prend aux tripes, ces gens qui te sortent « Hi » à tout bout de champ juste parce que tu as eu le simple réflexe de les regarder et/ou sourire … ne vont pas rendre mon retour à Paris aussi facile que j’aurais pu l’imaginer. J’étais réellement parti pour vivre un truc hors du commun. Je ne pensais pas que cela m’affecterait autant sur un plan personnel. Une fois que tu es ici, à moins d’être un boulet uniquement venu shooter des étoiles sur Hollywood Boulevard, un peu comme ces crétins qui traversent la planète pour se faire cuir le derme dans un Club Med avec plein de Français comme compagnie … bah t’as juste envie de dévorer tout ce qui t’entoure : il y a tellement de cultures différentes, de spots tous plus magiques les uns que les autres, et totalement délaissés (presque personne à Echo Park / Elysian Park, absolument PERSONNE à la plage …), de commerçants qui portent bien leur nom … on pourrait imaginer que je vis ce genre de masturbation idyllique à chaque fois que je change de ville, comme ce fut le cas par le passé avec Rouen, et récemment Paris … mais ici, je peux t’assurer qu’il y a un truc qui nous échappe, que l’on ne pourra jamais importer. Je ne sais pas si c’est une forme d’éducation, si c’est une vision idéalisée fantasmagorique où je confonds la vraie vie avec celle des petits poneys qui prennent un brunch avec les Gummis, mais je reste persuadé que tous ces vibes ne sont en aucun cas le fruit d’une imagination souvent débordante, mais malgré tout lucide. Digression terminée, revenons là où je voulais en venir : journée lose sur un plan professionnel.
Marc nous avait donné rendez-vous à 16h chez lui pour venir prendre des images de ses répétitions. Bien évidemment, quand on arrive à 16h30, le temps de déballer son matériel et de commencer à filmer, 5 minutes plus tard, tout est fini du côté du groupe. Marc Anthony Thompson a un don très particulier, que l’on retrouve chez Chris Garneau : les mecs répètent à l’arrache avec des musiciens avec qui ils n’ont jamais joué, se calent sur 2 ou 3 points potentiellement critiques – en particulier des reprises de bridges, ou pointer sur une partition quelques intensités – jouent 1 ou 2 titres juste pour voir si ça tourne, et hop, direction salle de concert. Ce que je veux dire, c’est qu’on a à l’esprit, pour qu’un groupe sonne sévère, une sorte d’illusion à mon sens justifié que des musiciens doivent répéter longtemps, puis devenir à terme potes, pour que sur scène, il se produise quelque chose de carré, propre, spontané. L’exemple de Chocolate Genius démontre au contraire que lorsque l’on atteint un certain niveau, la spontanéité scénique vient au contraire de l’absence totale de répète, de bières partagées dans un local glauquissime … le résultat, le soir même, me bluffera totalement, parce qu’en ayant pu assister à la bribe de répèt, je savais que ce groupe sur scène ne l’était que le temps de ce concert. Le public n’y voit que du feu, à L.A., les musiciens sont aussi des magiciens, et ont cette capacité d’illusion qui émerveille. Mais avant de parler du concert, il ne faudrait pas oublier là où j’en étais resté : chez Marc. Dans son salon, avec une batterie, une contrebasse, un clavier et un rack guitare immense où siégaient une kyrielle de pédales d’effets dont le nombre ahurrissant pouvait laisser douter de la réelle utilité d’en brancher autant.
Désormais, Marc me présente à ses amis comme « Super Ninja ». L’appellation Ninja est venue lorsque j’ai demandé à ce dernier de grimper sur le fameux arbre racine qui rejoignait les 2 berges du cours d’eau à Bronson Canyon. Il me voyait sauter à droite à gauche avec tout mon matériel, et s’inquiétait. Je lui avait alors rétorqué « Don’t worry guy, I’m a ninja ! » Dès lors, avec un tel surnom, les musiciens ne sont plus sur leurs gardes, et m’acceptent très facilement. Tu dois te demander pourquoi je viens d’écrire ceci, et ta question est légitime : sans entrer dans les détails, être musicien aux Etats-Unis est considéré comme un vrai métier. A Paris aussi, en France aussi. Mais chez nous, il y a une sorte d’étiquette de « ce n’est pas un vrai métier, c’est un truc de bohème d’appoint pour satisfaire une passion ». Je le sais parce que quand je pratiquais la musique, on me demandait « mais ton vrai métier, sinon, c’est quoi ? » Aux Etats-Unis, donc. Les musiciens sont assez friands, et tout peut être l’occasion d’être dédommagé, comme être filmé à l’insu de leur plein gré parce qu’ils partage le même espace spatio-temporel que le principal protagoniste. A titre de figurant, ils ont donc tendance à exiger plus facilement qu’ailleurs quelques deniers compensatoires. Dans l’absolu, la logique est implacable. Mais grâce à ce surnom kawaii, et le fait que Marc ait briefé avant notre arrivée le groupe avec la légende d’un petit mec filmmaker qui prenait l’avion pour la première fois de sa vie dans l’unique but de faire une vidéo de lui a permis d’annihiler les règles établies. Mieux encore, bon nombre d’entre eux sont venus me poser quelques questions en apparté : un Français qui ne mange pas de fromage, ne boit pas de vin, qui prend l’avion pour la première fois de sa vie, le raccourci est simple : je suis à leurs yeux une sorte de freak. Permettant ainsi d’établir un contact, permettant de sympathiser. Permettant d’obtenir tout ce que je souhaite, niveau images.
Pour tous ceux et celles qui se demandent depuis quelques jours sur Facebook ou via mail « comment » on peut vivre ma vie et ce genre de périple fantastique (qui n’a rien d’exceptionnel hein, mais cela peut faire rêver certaines personnes à la recherche d’un chemin de vie pas établi et tracé d’avance), ce que je viens d’écrire dans le dernier paragraphe est un élément de réponse : tant que tu fais les choses avec passion et sérieux, tout en ne te prenant ni pour le plus grand photographe de l’univers (évite de rajouter « PHOTOGRAPHE » après ton nom + prénom, dans le meilleur des cas tu fais rire, dans le pire, tu passes pour un con), et encore moins pour un réalisateur, que tu préfères partager un sourire avec un musicien plutôt que d’avoir le réflexe de sortir ton bazooka pour immortaliser ce dit moment impossible à cristalliser même à 6400 ISO 1/10e à 1.8, tu obtiendras tout ce que tu désires, tout de tout le monde. Sans effort. Il suffit d’aimer le contact avec les autres, apprendre à les connaître un peu et le tour est joué. Cette méthode, je la pratique depuis que j’ai touché mon premier appareil photo numérique, un compact Kodak DC280 1MP aussi gros qu’un 350D acheté à la Fnac de Rouen pour … 4250 francs, et qui m’a permis de shooter des milliers de portraits durant mes errances nocturnes normandes : elle marche à tous les coups – y compris avec des trucs impossibles à gérer et plutôt morts d’avance niveau flexibilité, demande à Thomas Ducres l’aventure du HibOO d’Live avec Katie Melua, et son manager old school UK …
Retour chez Marc. La répète se termine sous mes yeux, j’ai juste eu le temps de capturer la mise au point entre les musiciens, du final de Loverman, le titre filmé que j’ai mis à disposition le jour précédent sur Le HibOO. L’idée de monter le HibOO d’Live + ce petit passage de repèt @ home + conclure sur le live germe dans mon esprit. Mais de ce que j’avais vu hier, le Theater Bootleg n’est pas la panacée en terme de lumières … il était donc temps de quitter la demeure du songwriter pour se rendre dans cette dite salle relativement connue : le jour précédent, un certain Joseph Arthur s’y produisait.
Avec seulement 5 minutes de matière video à mon actif, l’on ne peut pas vraiment affirmer qu’aux alentours de 18h, j’avais l’impression d’avoir un peu perdu mon temps. Je me doute que pour Marc, son esprit est ailleurs, il a son concert à gérer. Mais pour Thibaut et moi, la frustration de ne pas remplir notre mission du jour est assez manifeste. Les répètes dans la salle allaient être l’occasion idéales pour glaner de nouvelles images. Du moins, je le pensais sincèrement. 18h15, on entre sans problème dans la salle (un truc assez fou : tu peux dire tout ce que tu veux, personne ne vérifie : il te suffit d’avoir les yeux du Chat Potté lorsqu’il rencontre Shrek avant de lui sauter dessus, de préciser que tu es un Français invité par la vedette de la soirée pour venir faire des vidéos, et on te dit « OK, come in ». Soit. La première partie est en train de paufiner son soundcheck. Il s’agit du groupe Sonos, un ensemble uniquement vocal qui réalise a capella des mélodies très « variétoche américaines » mais avec de pures voix. En France, on a érigé en stars du genre une bande de débiles habillés en suppositoire qui s’incrustent dans les plus grandes émissions culturelles (Patrick Sébastien en tête) ainsi que dans des pubs pour Tic Tac (le tic tac qui, il est vrai, ressemble à s’y méprendre à un suppositoire, tout est donc parfaitement bien … huilé, si je peux me permettre – blague à la Sheldon Cooper, je me permets donc de rire de ma connerie à ce moment précis. Seul) … les jeunes gamins (la 20taine au grand max) de Sonos m’épatent au point que je me suis permis d’interpeller la chanteuse principale pour lui demander si avant de partir de L.A. vendredi matin (PUTAIN JE NE VEUX PAS PARTIR !!! Leave Rod Alone !) il était possible de les filmer dans le cadre d’un HibOO d’Live. Je ne rêve pas … la fille ne connaissait même pas la Blogotheque. Alors de là à comprendre le concept d’un truc en extérieur … next time, next life, maybe.
Marc et ses musiciens grimpent sur scène : je confie à Thibaut un 5D, il semble également vouloir s’impliquer dans la prise d’images. Et il sera la bonne surprise – professionnelle – de cette journée : il n’a fait que des trucs exploitables, bien cadrés et tout … je me dis que tout espoir de trouver des cadreurs n’est donc pas perdu : certains ont l’oeil, d’autres non. Mon pote de label chauffeur de taxi bouffeur d’hamburgers dégueulasses à base d’avocats a un bon potentiel, et du coup, je me sens rassuré pour la captation du concert. Non pas que je puisse pas assurer seul, mais un angle de vue radicalement de mes prises de vue seront les bienvenues au montage. Sauf que voilà : hors installation du matériel – ça ne compte pas, on est OK hein ? – le soundcheck durera … 10 minutes. Peut-être 15. J’ai cru vivre un cauchemar. Comment un projet comme celui de Chocolate Genius, un peu synonyme de subtilité et de raffinement, pouvait être autant négligé à ce point ? Sauf erreur de ma part, lorsque les musiciens ont quitté la scène, l’équilibre entre les instruments étaient proches du néant. Je commence sérieusement à flipper sa race, me demandant si, exceptionnellement aujourd’hui, je n’aurais pas mieux fait de faire mon touriste qui prend l’avion pendant 12h pour shooter des étoiles pourries sur le sol, et de converser à un mec déguisé en Transformer … heureusement, la suite de l’histoire va s’avérer … how they say in english … ah oui « wonderful ».
Marc nous invite à le suivre chez Chris, son guitariste mais surtout ami. Ce mec m’avait déjà bluffé le jour d’avant lorsque nous nous sommes retrouvés au Little Temple Lounge. Il avait un son de gratte, et une manière d’utiliser son vibrato sur les accords qui me firent immédiatement penser à l’un de mes premiers lives filmés en monocam, en l’occurrence Josh Tillman à la Flèche d’Or … un son spécial peut-être lié à la West Coast (même si Seattle n’est pas la Californie, mais on va parler de « région », même si ça s’étend sur des milliers de kilomètres). On prend la voiture, on emmène avec nous les 2 filles du songwriter, Zsela (que l’on prononce (on = Thibaut et moi) Djella) et la Goddess Tessa, rayonnante à l’extrême. Une fois arrivé à destination, on est, une fois de plus, accueilli comme des princes par la femme de Chris, que l’on avait croisé furtivement le premier jour où nous avions débarqué chez Marc. Une fois de plus se dégage dans cette maison une atmosphère de bonheur pur, trop idyllique et bisounours pour être vrai, mais force est de constater que je fantasme rien : tout le monde se sourit, partage autour d’une part de pizza faite maison des anecdotes et autres blagues légères. C’est ICI même, dans la maison du charismatique Chris, que je vais vivre les meilleurs instants de ce voyage. Et via une légère hyperbole pas si exagérée que ça, une émotion digne de figurer dans mon top 10. Sachant que désormais, 7 d’entre eux sont issus de ce voyage. J’ai l’impression d’avoir loupé ma vie en fait. Pour tout découvrir, comme ça, en l’espace de 5 jours … heureusement, j’ai encore quelques années devant moi pour rectifier le tir.
Le premier instant, qui m’a figé, fait frissonner, transporté ailleurs, jusqu’à avoir les yeux imbibés tant l’émotion était forte, fut de voir Marc en aparté avec ses deux filles répéter pour le concert. Le mec est exigeant dès lors que l’on touche à ses créations, et ne semble faire aucune distinction entre des musiciens pros et ses progénitures : il a cette espèce de force tranquille qui fait qu’on l’écoute, sans jamais se rebeller, on acquiesse et l’on sort le son qu’il a en tête. Je suppute que le mec doit être souvent frustré, parce que l’on sent bien qu’il est une sorte de chef d’orchestre où une pluie de notes doivent copuler dans tous les sens, et qu’il doit difficilement retrouver cette alchimie. Zsella et Tessa écoutent attentivement leur père, et ce dernier commence à jouer ce que l’on peut tout simplement appeler une « MASTERPIECE », ce genre de chansons que tu sais que dès la première écoute, elle fait partie de ta vie. Te hantera, parce qu’elle aura cristallisé un moment précis de ta vie, te permettant d’y rattacher des souvenirs. il ne s’agit plus de notes, d’accords et d’harmonies : il s’agit d’un catalyseurs à émotions, une sorte de tiroir où tu pourras extirper dans tes vieux jours ces moments aussi fugaces que merveilleux qui auront contribué d’une certaine manière ce que tu es devenu. Cette chanson, que tu vas t’empresser d’acquérir, ou si tu estimes qu’un bijou à 99 centimes d’euros est encore trop cher, l’écouter en streaming sur Deezer et autre Spotify, répond au doux patronyme de How I write my Songs. Masterpiece je te dis. J’aurais pu filmer, capturer ce moment de grâce. Mais il m’apparaissait comme déplacé – même si je suis persuadé que Marc n’aurait rien dit, ne serait-ce que par « peur » de me refuser quoi que ce soit pouvant servir de matériel pour les webisodes à venir – de filmer ce moment magique. Tessa semble absente, préférant matter ses textos plutôt que de se concentrer sur ses interventions. En revanche, Zsella est fascinée par son père, à tous les points de vue : son implication est complète, elle semble prendre conscience du talent de son père, et tente contrairement à sa soeur de satisfaire son exigence. Exercice qu’elle réussira haut la main, récompensé par un sourire satisfait de la figure paternelle suivi d’un « Good ». Dans ce salon, nous n’étions que tous les quatre, les autres étaient en train de dévorer la pizza. Egoïstement, tu ne m’en veux pas je l’espère, je garde exceptionnellement ce moment de grâce pour moi. Pour me faire presque pleurer avec de la musique, il faut s’appeler plutôt Fauré ou Pergolese. C’est dire si le mec a foutu ce soir là la barre très haut. Je me jure dès lors, en prétextant les fameux webisodes, de ramener à n’importe quel prix la participation de Zsella sur How I’m writing songs. J’vais y arriver.
Après cette mise au point musicale, le petit clan Thompson s’est séparé ; le batteur de la soirée est venu dans le salon finaliser les quelques repères impossibles à déchiffrer si on ne pratique pas cet instrument sur les divers titres de la setlist, et ne se remettait toujours pas du cas Rod, le petit nain grassouillet qui avait parcouru une petite partie du monde en prenant l’avion pour la première fois de sa vie. Même s’il fut davantage surpris par l’histoire du petit français qui n’aimait pas le fromage. Puis on a parlé de Marc. Nous étions synchrones quant au fait que ce mec était une pure bête de talent, et que l’on se demandait pourquoi il n’avait pas une carrière digne de ce dit talent. En même temps, avec ce que j’ai pu voir au fil de ces derniers jours, je sais que la vraie réussite de Marc est sa famille. Et qu’il est ce genre de mec qui sans doute, préfère composer pépère chez lui, son chien Blue trainant en permanence dans ses pattes, plutôt que de parcourir le globe à la conquête d’un potentiel public.
Après cet interlude, j’ai rejoint Thibaut qui conversait avec Zsella et Tessa. Zsella est bien plus espiègle que sa soeur, et sa curiosité est assez surprenante. Elle a décidé ce soir d’apprendre plein d’expressions en français. Sa capacité à choper les bons phonèmes me fait sourire, elle est clairement douée, et retient tout très vite. On se lance dès lors un jeu : je dois lui parler en anglais coûte que coûte, elle doit me répondre en français dans les mêmes conditions. Dès que l’un bloque, il aide l’autre en traduisant. Un moment vraiment hilarant, car elle et moi possédons dans nos langues respectives un vocable assez limité. Ce qui n’empêchera pas de converser. Une fois de plus, dans la cuisine, nous ne sommes que 4, on rit de tout et de n’importe quoi. Je me retourne et vois sur le mur un HibOO en bois. Décidément, la bestiole me suit partout, même lorsque mon personnage est mis de côté pour laisser Rod vivre un peu.
Il est 21h. Le groupe étant programmé à cette heure précise, nous sommes donc en retard. Personne n’est stressé, limite j’enfoutiste à l’extrême. Visiblement ça se passe comme ça … je connais bon nombre de programmateurs à Paris qui feraient une crise cardiaque pour moins que ça. Le Bootleg Theater est correctement rempli, tout en étant loin d’afficher sold out. Juste le temps de brancher le zoom et d’installer les micros, les lights déjà quasi inexistantes disparaissent pour de bon, et le show commence. Ca va durer 1h, je vais jouir 1h. Non stop. Ca va jouer sévère (avec même pas une heure de répète avec des musiciens qui n’ont jamais joué ensemble, de quoi halluciner !), le répertoire de Chocolate Genius est d’une variété quasi infinie, alternant chansons solennelles et envolées rock musclées, avec pour fil conducteur une incroyable interprétation, tant à la guitare qu’au chant. Marc disait à sa fille dans le salon « just Sing » lorsqu’elle n’arrivait pas à atteindre certaines notes. Ce conseil simple de prime abord prend tout son sens lorsque l’on voit chanter Marc Anthony Thompson : « just sing » signifie ne pas sortir des notes par la technique, mais avec le coeur. Dès lors, ce n’est pas un concert auquel on assiste, mais un mec qui se fout à poil devant son public en laissant sortir de sa gorge son âme toute entière. Parallèlement à cela, le bonhomme déconne à tout va avec son public entre chaque chanson, il se libère de cette bulle que l’on peut imaginer quasi impénétrable. Cette décontraction renforce le côté attachant que les auditeurs peuvent ressentir : Chocolate Genius est un grand songwriter, mais il reste avant tout un mec abordable. Dès lors, les fans les plus ardents n’hésitent pas à déconner avec la vedette de la soirée, car tous savent qu’après ce moment de détente, l’on va revivre à la prochaine chanson une nouvelle décharge d’endorphine. Ces interludes apparaissent dès lors comme salvatrices, parce que ceux qui ont déjà vu Chocolate Genius en live ne peuvent que me comprendre : une telle intensité à vivre sans la moindre once de légèreté peut apparaitre comme difficile. L’équilibre est donc parfait, maitrisé, et l’on reste scotché durant tout le show. Comme tout plaisir digne de ce nom, l’heure de concert sembla être bien trop courte. Thibaut et moi avons assuré, on a de quoi faire 30 webisodes rien qu’avec ce live, la mission est accomplie, on peut enfin relâcher la pression, et savourer à sa juste valeur ce moment merveilleux. Au moment de se dire au revoir pour notre ultime et dernier rendez-vous le lendemain, Tessa m’embrasse cette fois-ci sur les 2 joues « ala Française », je me permets de lui demander si elle fait quelque chose demain soir, et son sourire merveilleux fut suivi d’un réel enthousiasme à ce que l’on prenne un verre avec Thibaut pour terminer en beauté cette merveilleuse semaine riche en émotions. Juste avant de partir, je me fais « hug »er par la femme que Marc avait croisée lors de la promenade à Branson Canyon. Elle se rappelait de moi, elle était visiblement heureuse qu’on se revoit, elle a assisté au concert de Chocolate Genius et semble avoir pris comme nous tous notre dose. Mais WTF cette mentalité !!! Love.
Tu vois, j’ai beau chercher dans mes souvenirs – et ma mémoire en possède des pans entiers depuis l’âge de mes 5 ans – je n’ai jamais vécu une telle histoire. Ca me semble trop beau pour être vrai. Mais rien ne m’a prouvé, jusqu’à maintenant, que j’étais relié à une machine : personne ne m’a proposé de pilule bleue pour rejoindre une bande de tarés qui mange du vomi de chenille riche en protéine dans une grotte pour rejoindre une armée révolutionnaire … alors je présume que tout ceci est vrai. Donc que tout ceci est trop beau.
Comment revenir à la réalité parisienne après tout cela. Autant ne pas y penser, j’ai tout le trajet en avion pour cela (et je ne dis pas ça parce que je peux manger au petit déjeuner, vers 8h du matin, un double burger frites !!! HEIN, on est OK). En attendant, aujourd’hui devrait être le point d’orgue de ce voyage extraordinaire, avec bien évidemment Marc, mais également Family of the Year et Local Natives (déjà en HibOO d’Live ! First Session in France, Oh Yeah), qui, si j’arrive à fabriquer des trous dans le continuum espace-temps, sont OK pour se (re)livrer à l’exercice des HibOO d’Live ; mes premiers filmés à l’étranger. God.
Chocolate Genius va donc passer dans plusieurs villes de France. Peut-être l’unique occasion de le rencontrer, et de venir me jeter ensuite des shurikens dans la caboche si tu estimes que je me suis foutu de toi avec de potentiels bobards.
- 24.03 : Puteaux – La Défense / Festival Chorus des Hauts de Seine (Magic Mirror)
- 25.03 : Strasbourg / La Laiterie
- 26.03 : Rouen / Le 106
- 29.03 : Cenon / Le Rocher de Palmer
- 30.03 : Amiens / Festival Musiques de Jazz et d’Ailleurs
- 31.03 : Lille / L’Aéronef
- 02.04 : Annecy / Le Brise Glace
- 07.04 : Paris / Le Café de la Danse
- 08.04 : Clermont – Ferrand / La Coopérative de Mai
- 09.04 : Arles / Le Cargo de Nuit
- 13.04 : Angoulême / La Nef
- 14.04 : La Rochelle / La Sirène
- 15.04 : La Roche sur Yon / Fuzz’Yon
- 21.04 : Bourges / Le Printemps de Bourges
» www.facebook.com/pages/Chocolate-Genius-Incorporated/118104641587261
Rover – Late Night Love (extrait du court-métrage de Mr Chut)
Clip : Ornette ‘Crazy’
19 ans plus tard, Adieu les Black Sessions

c@ctus 25.02.11 | 01:42
Tout ce qui t’arrives est normal voir peu !
Tant de temps passé derrière un écran et un viseur pour offrir du bonheur .. A toi d’en recevoir au 1000ème !
Capitaine Johnny 25.02.11 | 03:11
Un approfondissement des découvertes musicales qui parsèment ce billet s’impose, en effet ! En attendant, voici quelques réactions Capitaniennes à chaud sur une poignée de morceaux choisis :
1) »un Français qui ne mange pas de fromage, ne boit pas de vin, qui prend l’avion pour la première fois de sa vie, le raccourci est simple : je suis à leurs yeux une sorte de freak. »
Eh bien… tu n’es pas le seul dans l’Hexagone à suivre ce régime alimentaire paradoxalement assez singulier, je te l’accorde : étant donné que… sur ce plan, je suis en quelques sortes ton alter ego !! Seule petite exception à mon actif, concernant le vin : le 22 septembre dernier, avec mon maître d’apprentissage, nous avons spontanément décidé de célébrer, outre la saint Maurice, la fin des 2 mois de stage complémentaires à ma formation semestrielle de Strygidé Raincéen, en partageant une bouteille de rosé avec notre repas de midi : 1 demi-verre pour moi, et fatalement… les 3 quarts de la bouteille pour lui ! Autant dire que pendant l’aprèm, c’est moi qui ai dû assurer un max !!! Mais Dieu sait si nous sommes loin d’être les 2 seuls : d’après un récent sondage, précisément commenté ce jeudi midi sur le Mouv’, les observateurs notent une désaffection préoccupante des 20-35 ans pour le vin, au profit de la bière ! Du coup, un certain nombre de sommeliers se creusent les méninges pour proposer des initiatives tendant à rendre le vin + « sexy » auprès des jeunes… à commencer par l’approche tayloriste de Coco la Péloche !!! (Oui, tâche de choper l’émission en podcast pour comprendre ce que je viens de dire ;-)
En tout cas, j’affectionne aussi, comme toi, les aliments aussi gras que le son de guitare des Black Box Revelation… et j’ai envie de te répondre que la vraie vie, c’est aussi prolonger la période des « orgies à la frangipane », dixit Thomas VDB, jusqu’au 24 février… si si ;-)))
2) »Pour tous ceux et celles qui se demandent depuis quelques jours sur Facebook ou via mail « comment » on peut vivre ma vie et ce genre de périple fantastique (qui n’a rien d’exceptionnel hein, mais cela peut faire rêver certaines personnes à la recherche d’un chemin de vie pas établi et tracé d’avance)… »
Comme tu le sais déjà… je me sens juste particulièrement concerné ;-))
3) »Tessa semble absente, préférant matter ses textos plutôt que de se concentrer sur ses interventions. »
Dans toutes les villes du monde, comme diraient nos amis d’Été 67, il en est ainsi : c’est la rançon du statut de femme parfaite… ;-)
4) »Le groupe étant programmé à cette heure précise, nous sommes donc en retard. Personne n’est stressé, limite j’enfoutiste à l’extrême. Visiblement ça se passe comme ça … je connais bon nombre de programmateurs à Paris qui feraient une crise cardiaque pour moins que ça. »
Euh… ça dépend : ceux de l’Alhambra, sans doute ! En revanche, à l’OPA Bastille, par exemple, pas de crise cardiaque en vue : le début des concerts est systématiquement annoncé à 20 heures, mais en pratique, c’est du 21h00, voire un généreux 21h30 ! Enfin… c’était comme ça en 2008/2009, tout du moins : comme diraient nos amis Québécois, j’aurais avantage à y retourner en 2011, ne serait-ce que pour vérifier mes dires :-)
5) »une telle intensité à vivre sans la moindre once de légèreté peut apparaitre comme difficile. L’équilibre est donc parfait, maitrisé, et l’on reste scotché durant tout le show. »
Ce ne sont pas les nombreux fans de Cocoon, y compris celles et ceux qui ne connaissent pas encore Chocolate Genius, qui contrediront cette assertion… :)
6)Quoi de mieux en effet que ces 2 hugs finaux pour conclure cette semaine en beauté ? Eh oui ! Dire qu’ici en France, nous sommes déjà vendredi matin… Ô temps, suspend ton vol… leave Rod alone !!!!
Jipes 25.02.11 | 12:10
Quelle belle expérience on y devine toute la passion qui t’a emporté pendant ce séjour. Quelque chose me dit que tu ne seras plus jamais le même parce que tu garderas tout ca au fond de toi comme un fabuleux présent ! T’inquiètes pas pour le retour tu t’en remettras et puis la Vie est longue il te reste encore des milliard d’occasions de te régaler et je pense qu’avec ta disposition d’esprit et ton talent tu n’auras aucun mal a vivre de très beaux moments.
J’ai vu que Marc avait une date à Strasbourg je sais ce qu’il me reste à faire….
Guillaume 25.02.11 | 12:48
Putain, pourquoi jamais personne passe à Marseille, c’est tellement pourri ? Tant pis, j’irai le voir à Bourges !
Sfar / Gaël 27.02.11 | 07:53
Du coup je me tâte pour la Laiterie, cette série d’articles a bien éveillé ma curiosité.
Ce que je retiens de tout cela c’est qu’il faut poursuivre d’autres expériences à l’étranger (pas obligatoirement dans l’univers musical). J’aime beaucoup cette candeur dans les propos et l’émerveillement communicatif au fil des découvertes du séjour.
Y a vraiment quelque chose à creuser suite à cette première expérience. Mais je te fais confiance là-dessus.
Alain | SK 27.02.11 | 13:02
Faut arrêter d’écrire n’importe quoi… sur la Haute marne « il faut aimer le conifère », la haute marne est l’un des départements les plus boisés en feuillus :)
Capitaine Johnny 28.02.11 | 21:36
huhu… Tant pis, je sais que sa réponse va être aussi lapidaire que sans équivoque… mais c trop tentant : c’est toute la différence entre le pin sylvestre et Rod ! Le pin sylvestre est un conifère, tandis que Rod écrit des conneries et on peut rien y faire !!!!
Bon OK, je sors () !
Ceci dit, bien vu, Alain ! Car j’avais lu l’intégralité du texte dans la nuit de jeudi à vendredi, et absolument pas relevé (n’étant, de mémoire, jamais allé dans le 52) !
isatagada 13.03.11 | 16:55
Pour y avoir vécu, tu serais déçu des U.S. à y rester plus longtemps…
Un peu comme dans le sud, où les gens t’ouvrent les bras avec une facilité déconcertante, mais ne les referment jamais (même si j’ai fort heureusement en tête quelques exceptions)
C’était chouette à lire cependant. C’est chiant d’en savoir plus et de virer cynique. On apprend que tu ne l’es pas encore tant que ça, après tout ;-)
On aura peut-être l’occasion d’échanger là dessus un de ces 4.
Capitaine Johnny 13.03.11 | 18:39
♥
California dreaming power :)