Patti Smith à Pleyel

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Elle aurait pu, comme les survivants de son époque, se ranger, et proposer des spectacles sans saveur. Parce qu’après ce presque demi-siècle qui la rendit légende, elle n’aurait plus rien à prouver, et rien que son nom suffirait pour remplir les salles. Pour voir l’une des dernières icônes d’une génération d’artistes qui a brûlé la chandelle par les deux bouts, et dont elle l’une des rares survivantes quasi miraculées. Mais voilà, Patti Smith a été, est et restera ce cheval sauvage indomptable, elle est la voix qui est en chacun de nous mais que nous avons préféré faire taire. Celle de la passion incandescente, où la notion même de limite n’est qu’un murmure lointain. A Pleyel, pour clôturer son « Domaine Privé » qui s’est étalé sur cinq jours à Paris, elle a offert un concert qui va mettre à mal tous les prochains lives 2011. N’est pas une légende qui veut.

Pleyel, Magnifique salle, à l’acoustique sublime. Pas forcément adapté de prime abord pour les distortions. L’audience (des plus variées, allant de Charlotte Gainsbourg au punkeux période Smith … 75 !) frétille, mais n’imagine pas encore, à 20h, la grosse claque qu’il va se prendre.

Patti Smith à Pleyel le 22 janvier 2011

Patti Smith, pour sa dernière représensation à Paris, va rentrer dans le tas, et provoquer l’inéluctable : mécontenter toutes les personnes qui avaient prévu de passer un concert assis. Lors de la première partie du concert – qui reprendra Horses, sorti en 1975, avec des réinterprétations délicieusement inspirées – le public aura mis pas moins de 30 secondes chrono pour se mettre debout, se ruer le plus près possible de la scène au grand dam des pantouflards désormais privés d’une vue confortable, à taper dans les mains et à hurler dans tous les sens : le show est donc à peine commencé que l’on sent une euphorie digne d’un final ! Le ton est donné, les Pleyelistes avertis sont quasi-outrés, pourtant ils étaient prévenus : ce soir, c’est Patti Smith, pas un concerto à une main de Richard Cleyderman !

La première partie passe à la vitesse de l’éclair, la mamie punk s’égosille, jette son pied de micro, hurle, se retrouve à genoux, crache à tout va, son aura démentiel efface tout et tout le monde. L’instant magique est présent à chaque seconde, et l’acoustique de Pleyel rend hommage à sa musique : qu’il s’agisse de moments doux ou d’explosions de décibels, tout reste pur, cristallin, précis, puissant, sauvage.

Occulter les délicieux interludes serait comme zapper finalement ce qu’est Patti Smith en concert : communicative, généreuse, drôle et émouvante. Elle n’hésite pas à expliquer à un homme mécontent de ne rien voir du concert dans une telle salle dans un tel pays n’a rien de grave comparé à la situation du Niger de la Tunisie : applaudissements. Elle rend hommage à travers Horses à ses amis. Ses célèbres amis. Et c’est à ce moment précis que l’on se rend compte de son parcours, du destin extraordinaire qu’elle a vécu, lorsqu’elle parle d’un certain Jim Morrison, ou encore d’un Jimi Hendrix. Mais l’apogée orgasmique, celle qui fera trembler les murs de Pleyel, digne de la scène du jugement sur la Grand Place de Jean-Baptiste Grenouille juste après avoir versé dans les airs une goutte de son ultime parfum, sera atteinte avec Gloria. LE titre symbole qui appartient désormais à la culture collective, connu à travers tout l’hémisphère nord du globe. Je ne peux que te conter ce que j’ai vu, mais imagine un des endroits les plus classieux de Paris, au confort absolu, se tranformer en partouze musicale dans toute sa splendeur : c’est un peu ce qui s’est produit.

Patti Smith à Pleyel le 22 janvier 2011

Avec son français plus qu’approximatif, Patti annonce après cette débauche de décibels gras une pause de 5 minutes. Histoire de calmer les esprits, mais surtout de partir dans une toute autre direction, puisque ce sera l’occasion de prendre en pleine face un best-of de sa discographie. De quoi satisfaire les puristes de la première heure. Même si l’ambiance fut tout aussi intense, rien ne remplacera la folie des 30 premières secondes : on pense toujours atteindre le nirvana d’un live lors du rappel … Patti Smith est du genre à faire bander dès le départ, et il est des pulsions que l’on ne veut pas éterniser, la folie des premiers instants restant la plus excitante.

Au final, presque 2 heures de concert qui remet les pendules à l’heure : certains aiment jouer du punk / rock. Certains pensent posséder la fibre punk / rock. Mais quand tu vois Patti Smith, tu sais que certains, touchés par la grâce, sont nés punk / rock. Et qu’à 60 balais, mamie a mis la barre tellement haut que beaucoup de jeunots vont devoir ramer pour procurer ne serait-ce qu’1% de plaisir délivré ce samedi soir à Pleyel. 35 ans plus tard, Horses continue à courir dans nos âmes sans le moindre signe d’essoufflement. Claque.

» www.pattismith.net

publié par Rod le 23.01.11

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  1. 23.07.2011 | HibOO d'Live | HibOO d’Live : Charles-Baptiste, chanteur de variété (Hors Série)

8 commentaires

  1. Merci pour ces belles photos de cette exceptionnelle soirée rock and roll !
    par contre, je ne sais pas à quoi ça rime de dire « mamie » au lieu de Patti Smith.
    Ca plombe sacrément l’ambiance du billet…

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    • Parce que le rock, le garage … ne sont guere + vieux que cette femme. Musicalement parlant donc, on peut bien parler de mamie oui :) la mamie du rock. ue des seules vivantes qui reste. Rien de péjoratif, bien au contraire.

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      • J’avais vu, et écouté ,Marianne Faithfull à la cité, l’année dernière, et j’en suis encore fort aise.
        J’avais même pris un Cd à 10 keus à la sortie du concert que j’écoute , non sans plaisir, à l’occasion.
        L’age n’attend pas la force,ou inversement, enfin, tu vois de quoi je veux parler…
        Les vieux (?? ^^ ) , ben , on a toujours plaisir à les voir, et même , si le temps le permet, à les revoir ;)

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  2. Merci Rod!!! Merci de me faire regretter à ce point d’avoir fait la fine bouche face à la salle Pleyel (qui soit dit en passant je continue à détester pour écouter ce qui ne se rapproche pas de la musique classique)!

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  3. Valérie 27.01.11 | 09:51

    Le concert du 21 était assez différent, mais tout aussi intense que celui du samedi vu ces photos. Merci Rod pour celles-ci, cette femme est lumineuse.

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  4. Raaaah, comment ai-je pu rater ça !
    Deux semaines avant, le concert était déjà complet…
    Merci donc pour ces photos, j’espère qu’elle reviendra sur Paname prochainement…

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  5. Charlotte 23.02.11 | 19:15

    C’était vraiment une soirée mythique !
    Merci pour l’article et les photos qui arrivent à restituer fidèlement le concert et permettent de se le remémorer.

    P.S/ Et quel honneur de voir ici une de mes vidéos.

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