HibOO d’Live : Léonore Boulanger

Janvier 2011. Les premiers jours. Les concerts sur Paris sont aussi légion qu’une plantation de baobabs sur Jupiter, et trouver des dates à cette période sur l’immense web où pourtant la redondance d’info est de mise relève des 12 travaux d’Astérix. Heureusement, et une fois de plus, UpConcert m’avait sauvé : une certaine Léonore Boulanger se produisait dans un bar qui m’avait été montré du doigt quelques mois auparavant par mon ex rue des Archives : le Connétable, surtout « réputé » pour ses nocturnales orgiaques (la bière à 3 euros dans le 3ème arrondissement, forcément).

Léonore Boulanger donc. Avant de me rendre dans l’obscure, minuscule mais néanmoins agréable et chaleureuse cave en voûte, je me suis renseigné sur cette chanteuse. Et de fil en aiguille, de clic en clic, je suis tombé sur son « label », Le Saule. Il s’agit en fait d’un collectif d’artistes s’articulant autour d’un thème commun : la chanson française à textes, les accords tordus, les harmonies hyper travaillées, et un sens de la mélodie certain. Ce n’est donc pas une artiste isolée que j’ai pu dégoter, mais un véritable terrier de petites créatures immensément talentueuses et hors format. Qu’il s’agisse du stupéfiant et lunaire Philippe Crab, du charismatique Jean-Daniel Botta, du désinvolte Antoine Loyer ou de l’effacé mais efficace Aurélien Merle (fondateur du Saule), je me suis régalé.

Du coup, je suis allé les revoir la semaine suivante, et la magie qui aurait pu être que finalement un enthousiasme sincère mais éphémère a de nouveau opéré. Pas du tout pour les mêmes raisons, ni pour les mêmes chansons … dès lors, je me suis permis de proposer à ces troubadours amoureux de leur langue maternelle de les filmer. Et c’est à Léonore Boulanger d’ouvrir le bal.

Je te préviens de suite, il n’est pas forcément aisé d’entrer dans la tête de la demoiselle : on ne sait pas vraiment si ce qu’elle raconte a du sens, où il s’agit d’un exercice purement réthorique, on ne sait jamais vraiment, au moment de filmer, à quel moment débute le couplet (construction assez free dans l’esprit, avec impro and co, Jean-Baptiste Botta, son guitariste, étant issu du jazz) … il s’agit avant tout d’un voyage musical, sans barrière, sans frontière. Parfois, sans mots (cf. La voix qui chante). Ce qui m’a interpellé aux premières écoutes sur le prochainement défunt MySpace fut le timbre de la demoiselle, intemporelle, presqu’issu d’un son extrait d’un vieux Walt Disney qu’on n’aurait pu remasterisé. A ce propos, sa bio résume à la perfection, et sans prétention, l’image que je me suis fait d’elle :

Petite fille littéraire née dans un livre comme d’autres dans les roses, Léonore Boulanger n’est pas rétro, comme on le lui dit parfois, mais intemporelle. Elle a partagé, c’est vrai, le lit d’Apollinaire et dormi à la belle étoile avec Rimbaud. Et ri, aussi, avec Valéry. Ils sont morts pourtant, et elle est toujours jeune. De cette éternelle jeunesse qui ne s’embarrasse ni de l’âge ni des époques. Cette damoiselle cultive donc un jardin fragile où se trémoussent trémières et coquelicots, herbes folles et scies musicales. C’est à lune pleine, « soleil du pauvre, femme légère », ainsi que d’autres avant-elle, qu’elle « dédie ses charmes à la plus pure, la plus sereine et plus ancienne vierge qui m’éclaboussa, » la nuit de ses quinze ans. Éros s’étrangle. C’est peut-être d’avoir « perdu le sommeil » qui lui fait confondre le rêve et la vie, le jour et la nuit, l’art et l’amour.

Enfant-poète ou femme charnelle, elle n’a laissé indifférent aucun dieu, aucune fée, aucun elfe. Sa plume limpide est trempée à l’encre des classiques, des mythes, des légendes et des figures antiques. Tout son talent est de nous rendre cette inspiration proche, présente, intime, souveraine, plaisamment douloureuse. Avec cette voix érotique et ce charme bizarre, elle pourrait chanter le bottin, ce serait beau, mais Léonore Boulanger ne mange pas de ce pain-là.

On s’était donc donné rendez-vous le 15 janvier dernier. Au départ, on voulait filmer à l’intérieur du passage Colbert. Mais un cerbère de sécurité, uniquement avec ses yeux d’un noir abyssalement effrayant, a fait comprendre que l’idée même de discuter devant l’entrée relevait déjà d’un outrage. Le plan B était un autre passage non loin (Vivienne), on a tourné des images, et c’est vraiment chouette … mais c’est surtout juste au niveau du Palais Royal que le « petit quelque chose » s’est opéré. Et quel plaisir de filmer LE titre qui m’a donné envie de tout découvrir de ce bout de femme (Comme ils sont), de voir les gens s’en aller, s’arrêter, repartir, revenir … de capter cette ambiance palpable de doute, de remise en cause de schémas traditionnels des sons et des paroles … même happés quelques secondes, ce public fugace et éphémère a été appelé par quelque chose de différent, et c’est pour cette raison que j’aime tourner en extérieur : parce que tu peux écrire des tonnes et des tonnes sur un artiste que tu aimes, c’est quand même ce public improvisé qui confirme ou non tes impressions. Il faut dire par ailleurs que la vibraphonette a eu beaucoup de succès auprès des enfants :)

Déjà 2 albums à son actif, un troisième en préparation (les deux titres filmés étant issus de son deuxième : Les pointes et les détours, je t’invite à la découvrir sur scène, où tout prend une autre dimension (son côté habité séduit autant les tympans que les rétines), et ça tombe bien, elle va délaisser sa cave favorite pour l’espace Jemmapes le 17 mars prochain.

Léonore Boulanger : Comme ils sont

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Léonore Boulanger : La voix qui chante

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» www.leonoreboulanger.com
» www.myspace.com/leonoreboulanger
» www.facebook.com/pages/Leonore-Boulanger/109208319107716
» www.lesaule.fr

publié par Rod le 20.01.11

archives.le-hiboo.com

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Un commentaire

  1. Pour beaucoup, trouver matière à sourire en ce mois de grâce janvier 2011 relevait presque tout autant jusqu’alors des 12 travaux d’Astérix… et pourtant, tout du moins en ce qui me concerne, tu as réussi : merci de nous donner autant de rêve, Rod ! À l’instar des Hushpuppies, t’es un magicien !!!

    Étant uniquement présent sur le futur réseau social défunt, je n’avais pu plussoyer dès samedi soir le compliment Facebookien, comme quoi le plan ayant servi de teaser était mortel : eh bien je le fais maintenant, avec un champ de validité qui s’étend de 1:28 à 1:46 ! Par ailleurs, la séquence 2:55 à 2:58, toujours sur le premier titre, est juste… magnifique ;-)

    Alors certes, ce soir, la magie vient de toi, Rod, mais aussi de son biographe : or je visitais précisément en début de soirée le Salon hivernal des Artistes de Châtenay-Malabry (qui se tient à l’Hôtel de Ville jusqu’à dimanche, pour celles et ceux que cela peut tenter :) et l’une des toiles ayant le + retenu mon attention fut justement la représentation un champ de verdure parsemé de roses trémières… Autant dire que la suite de la bio m’invite à laisser libre cours à une belle connexion avec ce tableau : d’où mon big smile ;-)

    Enfin… faut p’têtre que je m’arrête là, Rod : parce que j’imagine… que Léonore Boulanger pourrait bien être devenue en ce début 2011 ta troisième égérie, après Anneke van Giersbergen et Élodie Frégé ? ;)

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