Francesco Tristano (+ Arandel) au Café de la Danse

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Arandel
  Le Point Ephémère (Paris) - 9 juin

Après la parenthèse d’Aufgang en trio, Francesco Tristano, connu pour avoir transformé le String of Life de Derrick May en sublime partition pour touches noires et blanches, revenait en solo pour présenter son troisième opus Idiosynkrasia. Précédé d’Arandel, on allait enfin passer un samedi soir loin du programme de France 2.

Arandel (www.myspace.com/arandelmusic)

Arandel a signé avec In d l’un des disques les plus surprenant et travaillés de 2010. Le concert précédent au Batofar avait, au-delà de l’excitation liée à la découverte de la version scénique d’un album épuré et fascinant de créativité, un côté « grand cirque et joyeux bordel » festif pas toujours fantastique mais bon enfant et très entraînant. Ce soir, les invités d’Arandel étaient moins nombreux mais prestigieux, ce qui donnait une texture plus chic (plus parisienne aussi) à l’ensemble. Hormis quelques soucis techniques sur lesquels on ne se formalisera pas, Pokett (Theremin, guitare) et Vanessa Wagner (piano) avaient tous les instruments et le talent en main pour transformer ce concert en pièce-montée de perfectionniste. La salle étant en multidiffusion, les plus exigeants devaient être comblés.

Force est de constater que même en possédant les meilleurs ingrédients, la sauce ne prend pas toujours. Lorsque s’instaure enfin la féérie musicale dont est capable l’artiste aux yeux de panda, plus des deux-tiers du temps imparti s’est déjà écoulé. On assiste mi-médusé, mi-incrédule à une juxtaposition d’excellentes partitions qui ne trouvent pas à s’accorder. Une atmosphère free-jazz se dégage, rattrapée par des influences kraut, lesquelles ne trouvent pas d’harmonie avec le piano … Gageons que ce n’était qu’une anicroche dans un parcours sans faute, démonstration qu’Arandel reste humain donc faillible, un perfectionniste encore perfectible a quelque chose de rassurant.

Francesco Tristano (www.myspace.com/francescotristano)

Après un changement de plateau rapide, Francesco Tristano était attendu au virage. Son album, trésor de technicité et de raffinement, n’en est pas moins entaché par l’influence parfois lourdingue de Carl Craig, producteur certes en vogue mais peinant à se renouveler et donnant de plus en plus à penser à un label qu’on accole au produit pour mieux le vendre. Mais Francesco a su démontrer par le passé ses multiples qualités en matière de technicité, créativité et innovation (cf. Live-report Aufgang au Café de la Danse). Personne ne doute qu’il puisse à nouveau garder un esprit critique. Savoir s’entourer tout en sachant se préserver de plonger dans les travers faciles.

Bien peigné et costume noir rehaussé d’un foulard vert trop bien ajusté, l’apparence lisse et apprêtée aurait dû contraster avec ce qui sort de ses machines et instrument. Malheureusement, on assiste impuissant à la démonstration d’un interprète classique ne parvenant absolument pas à s’extraire du moule de son dernier opus. De micro-moments de poésie rappelant E. Satie sont trustés par des pieds agressifs et insipides. L’agilité des mains est entachée de superflus bidouillages incessants. Tous les travers, qu’on avait, indulgent et malgré tout admiratif, jugé bon de ne pas souligner sont présents, mais la part d’improvisation et de spontanéité manque cruellement dans ce concert trop bien huilé. Francesco Tristano a continué de mélanger électro et répertoire classique dans le sens où il interprète de manière classique une musique actuelle amplifiée qui ne devrait pas avoir de partition trop détaillée mais de grandes lignes directrices à réinventer à chaque concert. On s’attendait à l’inverse de sa part. Il possède toutes les clés en main, libre à lui de les utiliser et de ne pas s’endormir sur ses lauriers…

Un live dépend toujours de nombreux facteurs parasites qui n’ont rien à voir avec la qualité d’un artiste. Le temps qu’il fait, la fatigue des musiciens ou du public, les problèmes techniques sont des aléas avec lesquels il faut négocier à chaque prestation. Un live-report est donc par nature subjectif. Il ne s’agit que de mon avis, qui n’a aucune valeur pour personne.

Francesco a paniqué, manqué de temps pour se préparer, était simplement exténué ? Il ne s’agissait heureusement que d’une soirée, nullement d’un avis arrêté sur ces deux musiciens qui, quoiqu’il arrive, restent mille fois plus agréables à entendre que n’importe quelle superproduction à gros sabots dont on nous avilie chaque jour les oreilles. Une déception mesurée qui n’a pas empêché de passer une excellente nuit comme on en souhaiterait bien plus à Paris.

Chronique à retrouver sur les Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

publié par Violette R.O.L.L. le 16.01.11

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