Emily Loizeau (+ Duke Special) au Grand Rex

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« On dit qu’il y fait toujours beau, c’est là que vivent les oiseaux, on dit ça, de l’autre bout du monde ». Et c’est précisément dans ce lieu magique qu’Emily Loizeau a téléporté le Grand Rex. Si l’on oublie la gestion chaotique – euphémisme – au moment d’entrer (avec 3 files d’attente anarchiques de plusieurs kilomètres), on peut parler d’un sans faute. C’était … pffiiiouuu je n’ai même pas de mots. L’époque où le petit oisillon attirait 70 personnes en mars 2006 à Rouen semble bien lointaine, ou ne semble même n’avoir jamais existé. Place désormais au Phénix des hôtes de ces bois, véritable bête de scène enchanteresse s’offrant sans retenue, médusant avec une facilité déconcertante l’auditoire présent.

Sur les billets payants, l’heure fièrement annoncée indique 19h30. Or, à cette heure précise, les portes ne sont toujours pas ouvertes, et les rues sont littéralement envahies d’autochtones. Ils sont vieux, jeunes, très jeunes, viennent de tout milieu socio-professionnel. Ils n’ont apparemment rien en commun. Un seul événement les réunit : le concert d’une artiste. L’une des meilleures de sa catégorie. Et de sa génération. Emily pour les intimes. Celle qui en l’espace de 2 ans, a bouleversé les schémas classiques de la chanson française. Celle qui du bout de ses doigts marie avec une facilité déconcertante le folk tomwaitien avec les comptines chopiniennes. Celle qui éraille sa voix jusqu’à s’exploser le larynx mais qui murmure avec fragilité de tristes paroles poignantes. Beaucoup vont découvrir pour la première fois Loizeau de Fargo en live. Je devrais être habitué. Je l’ai vue dans toutes les configurations possibles, de la simple première partie d’Andrew Bird en passant par son éblouissante prestation à la Cigale, ou encore en festival en Suisse. Et ce soir, Emily et ses joyeux lurons vont encore me dérouter. Le public après un tel parcours du combattant pour atteindre un siège en cuir confortable aurait pu grogner. Et il aurait eu raison. Au lieu de cela, dès l’extinction progressive des lumières, il se met à applaudir une première partie dont il n’a jamais entendu parler, et encore moins écoutée. Un groupe originaire de Belfast, répondant au doux patronyme de Duke Special.

Duke Special (web)

Des parties de piano à la John Lennon, une voix très robinwilliamisée (mais plus dans la tessiture « Frank Sinatra »), voire queenisée sauce Divine Comedy, des accords magnifiques, des mélodies accrocheuses, un look terrible (entre The Cure pour les yeux, et White Zombie pour les cheveux), le trio de Duke Special séduit en l’espace d’une chanson. Le public est littéralement conquis. Il faut dire qu’avec des perles à l’instar de « Our Love Goes Deeper Than This », il est impossible d’être réfractaire. Même si sur MySpace il est possible d’entendre des versions bien plus élaborées niveau arrangement, Special Duke magnétise le Grand Rex. L’ovation finale, un véritable appel viscéral à un retour sur scène malheureusement impossible, sera le témoignage le plus probant de l’adhésion du public. Décidément, le label V2 propose des OVNIs à surveiller de très près.

Emily Loizeau (web)

Et s’il est bien un label qui collectionne les OVNIs à répétition, il serait inimaginable de ne pas citer Fargo. Nonobstant son jeune âge (1999), le projet monté par Michel Pampelune a permis à la France entière – ou en tout cas Paris … oui donc la France entière – d’écouter des extraterrestres musicaux qu’il aurait été presqu’impossible à découvrir par soi-même : Andrew Bird, J. Tillmann, Dawn Landes, Alela Diane … et bien sûr, Emily Loizeau. Emily Loizeau, le pont parfait entre la culture française et les racines folk outre-atlantique. Celle qui aime autant Shakespeare que Molière. Celle qui réunit dans son répertoire chansons absurdes, comptines infantiles, sentiments torturés ou quelques perles de songwriting extatiques. Ce soir, les caméras sont braquées sur elle. Et pour avoir assisté à moult de ses concerts, je vais tenter de vous expliquer en 3 points pourquoi la prestation du Grand Rex a largement dépassé mes attentes. D’une part, elle était en furie. Et je pèse mes mots : ses délires sur « Jalouse » ou encore « Rien non » l’attestent clairement : elle était entièrement habitée. Par ailleurs, l’intrusion dans son univers de nouveaux éléments ont littéralement transformé certaines chansons, à l’instar de ces parties de violon discrètes mais apportant du corps supplémentaire sur « L’autre bout du Monde » (avec ces jolis pizzicati en intro), mais aussi un Tryo en très petit comité sur « Voilà Pourquoi », les Martel Brothers sur le démentiel Wash it Off (avec une chorégraphie aussi magnifique que déjantée). Chaque instant, chaque seconde du concert est un régal indescriptible (le summum sera quand celle que l’on pensait fusionnée avec son piano se mettra à chanter debout et à hocher la tête avec une rock attitude qu’on ne lui connaissait guère). Enfin, Emily Loizeau, quelle que soit la taille de la salle, sa renommée, qu’elle soit première partie ou vedette, qu’elle joue devant 30 ou 2000 personnes, est restée la même. Et cette sincérité innée est un détail sur lequel un artiste ne peut mentir. Ce qui explique à mon sens l’adhésion systématique du public. Public qui ce soir a été plus que bluffé – ce qui s’appelle également un pléonasme pour ceux qui ont déjà vu la belle faire son show -. Le final sera exceptionnel, avec ce magnifique Jasseron – sans Franck Monnet, snif – et le poignant « I’m leaving you » sur le balcon du Grand Rex, mais aussi cette reprise sublime (et là, je ne peux même pas vous décrire au 1/1000ème ce qui s’est produit dans mon esprit) de la Complainte des Filles de Joie de Brassens – l’un de ses maîtres – avec une orchestration toute en subtilité harmonique (piano limite jazzy saucé de cuivres dantesques, le tout nappé d’une basse ronflante et délicieuse). Personne ne veut que cela se finisse. Je n’en ai pas les larmes aux yeux, mais il faut avouer que je suis très ému et bluffé. Bluffé de ne pas être lassé d’une artiste découverte pour ma part en 2005. Emily Loizeau n’est pas comme les autres. Je ne cesserai jamais de le répéter. J’ai zappé pas mal de choses, comme les peoples présents (on s’en fout un peu hein), le duo fantastique avec Duke Special, l’intro majestueuse et divine d’Olivier au violoncelle, ou la qualité accrue de la mise en scène + vidéoprojection (là on s’en fout moins, mais pas moyen de le caser dans ma review groupie). En espérant que des commentaires viennent compléter les points que j’ai omis, ou pas accentués.

A la sortie du concert, moyennant patience et courage, il était possible de se procurer le CD de la soirée : oui oui. Il était possible d’acquérir dès la sortie du concert le live à peine terminé, comprenant 17 chansons. Que les absents qui ont eu tort et qui mériteraient d’être fouettés jusqu’à perdre connaissance se réjouissent, il sera possible d’acheter cette perle ; en espérant que ce que j’ai pu écrire vous ait convaincu que vous avez manqué un concert féérique.

publié par Rod le 07.11.07

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4 commentaires

  1. barbara 7.11.07 | 16:48

    Rod a sa meilleure plume.
    Je n’y étais pas et le revendique; d’autres bras m’etraignaient hier soir ; ceux de Barbarie qui chante Barbara. Divine
    Rien à ajouter je vois dans ton commentaire et au sourire de Lady Emily qu’elle avait mis son plus beau plumage.

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  2. excellent
    rien a redire surtout la reprise de qui vous savez La complainte des fille de joie, qu’elle delice a écouter, merci a toi DAVE de m’y avoir emmené

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  3. kikou et lisou 11.11.07 | 20:52

    Nous y etions aussi et à présent , et si vous étiez au concert d’Emily , sachez que sans le savoir vous nous connaissez tous, nous les deux petites stars parmi tant d’autres grandes ce soir là…hé oui, nous sommes les deux seuls courageaux ridicules(mais courageux quand même et puis finalement le ridicule ne tue pas!) à être montés sur scène pour achever cette magnifique chorégraphie de la chanson « shower » qu’Emily a interprétée avec ferveur ce soir là.
    Magique! et un coup d’adrénaline comme on en connait peu! Dans les dents du grand rex. Soirée inoubliable pout tout le monde quoi qu’il en soit. On l’a vue deux fois la miss et c’est toujours aussi extra. mais là c’était le grand rex merde, comme elle l’a précisé elle même…

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  4. Enfin, LA photo de Rod pour illustrer le CD et nous le mettre en écoute.
    Une great Darling cette Emily pour ce Rex qui à trouver en ce 6 novembre une New Queen, sans couronne mais avec des bottes de jusqu’a Johannesbug

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