Les Primeurs de Massy 2007 1/4 : Imbert Imbert + Constance Amiot + Yael Naïm + Adanowsky + Chin Chin

AGENDA RELATIF
Yael Naim
  Espace des Arts (Chalon-Sur-Saône) - 10 février
  Théâtre Claude Debussy (Maisons-Alfort) - 11 février
Imbert Imbert
  Foyer des Campagnes (Pézenas) - 11 avril
  La Dynamo (Toulouse) - 3 mai

S’il est bien un festival qui m’avait marqué lors de ma récente arrivée à Paris, c’est bien les Primeurs de Massy. Véritable événement tremplin de groupes qui viennent de signer leur premier album, il m’avait permis de découvrir (et de confirmer) certains talents : Adrienne Pauly, Renan Luce, Emily Loizeau, M.A.P., Beat Assaillant, David Walters. Tous les styles étaient représentés, avec un dénominateur commun : une qualité exceptionnelle. En ce premier jour de la cuvée 2007 – qui s’avère être aussi la 10e année d’existence de la manifestation – le charme opère toujours, même si on ne retrouve pas la même convivialité dans le public très familial, amené à changer de salle pour chaque concert.

Beaucoup plus de monde, beaucoup plus de moyens (lights et sons frôlent désormais la perfection), beaucoup plus de photographes (ou plutôt, capteurs photographiques) : le festival, qui souffle ses 10 bougies, a mis les moyens pour que son événement soit un succès. On retrouve la singularité propre aux manifestations typiques en région parisienne : une foule disparate, qui pourrait être mise en métaphore par l’ancien adage de Nintendo : de 7 à 77 ans. La musique et la curiosité n’ont pas d’âge, et c’est en cela que les Primeurs se détachent du lot. Ils permettent aux oreilles averties et/ou attentives de « prendre la température » de ce que sera la chanson de qualité pour l’année à venir … Pour ma part, tout commence pour le meilleur des mondes, puisque je retrouve les têtes sympas croisées l’an passée. En revanche une chose est sûre : la condescendance des photographes, qui n’hésitent pas à gêner le public (en se mettant debout, en bougeant frénétiquement de place avec une attitude très « ridiculous ninja », ou en utilisant un mode rafale si insupportable lors de parties de piano ou de passages calmes, cassant l’atmophère), m’exaspère au plus haut point : et avec une attitude si peu professionnelle, il est à parier qu’à terme, les manifestations devront prendre des mesures contre de tels comportements. Heureusement, le public rattrape le tout, et s’avère d’une patience et compréhension infinie face à ces gamins qui jouent au concours de « j’ai le plus gros objectif, et pas toi ». La programmation du premier jour est synonyme pour moi de surprises : hormis Chin Chin (vus et entendus aux Eurockéennes) et Adanowsky, je ne connais aucun artiste … et si j’avais payé ma place, j’aurais pu dire « waouh, j’en ai eu pour mon argent ».

Imbert Imbert (web)

On commence d’office avec l’extraterrestre de la soirée, que Matttbrrr avait vu le jour précédent au Bataclan : Imbert Imbert. Avec un look rock 80’s digne de la première – et meilleure – période de Renaud, le bonhomme, dans un décor aussi minimaliste que graphiquement bien trouvé, arrive accompagné non pas d’une simpiternelle guitare, mais d’une contrebasse. L’instrument d’accompagnement par excellence .. mais dans un orchestre. Mais cela ne dérange pas l’artiste, qui utilise son instrument avec un niveau technique tout simplement bluffant : pendant qu’il sert à un public – dont une partie inéluctablement choquée – des textes aussi sublimes que crûs – sexe power – ce dernier balance des rythmiques bluffantes, aligne des gammes dans tous les sens, réalise des breaks avec des harmoniques surprenantes : le mec sous son air un peu brutus cache un musicien hors pair et un parolier de talent. On peut bien sûr comprendre que certains aient pu être déroutés, mais il faut l’avouer : Imbert Imbert est un artiste stupéfiant qui sort des sentiers battus : ajoutons à celà une capacité assez extraordinaire à capter un auditoire avec un style musical unique, et une présence scénique indéniable, et vous ne voyez pas la première heure passer.

Constance Amiot (web)

Le changement de salle ne se fait pas sans mal (le temps de comprendre le fonctionnement, et surtout comprendre que ces salles sont sujettes à des horaires d’ouverture, créeant dans le minuscule couloir reliant les scènes une sensation lemmings assez sympathique) : la configuration est radicalement différente, et se rapprocherait – via une analogie très brumeuse – de celle du Zèbre de Belleville. En plus grand bien évidemment. Je ne connaissais que de nom Constance Amiot … et si Rose (les rythmiques et le style de paroles) et Carla Bruni (le timbre vocal) n’avaient jamais existé dans la dimension où je vous écris actuellement, j’aurais beaucoup aimé. Malheureusement pour la séduisante femme, chaque accord, chaque partie vocale rappelle indubitablement les 2 artistes sus-citées. Donc oui : cela sonne bien. Donc oui : le charme opère. Mais Constance Amiot aura bien du mal à percer, puisqu’elle ne cessera à mon sens de subir la comparaison justifiée. Dommage, car il n’y a rien à jeter.

Yael Naïm (web)

Xavier d’Attitude m’écrivit quelques jours auparavant pour me faire des éloges dithyrambiques sur Yael Naïm, en allant même jusqu’à me proposer une interview. Après avoir entendu cette belle israëlienne qui peut s’apparenter à une allégorie parfaite de world music (ses textes arrivent à mélanger toutes les langues possibles et imaginables : l’hébreu, le francais, l’anglais .. et parfois tout cela dans une chanson), le fait de la rencontrer me semble désormais une évidence. Ce sera pour moi LE choc de la soirée. Par où commencer ? Une voix extraordinaire, me rappelant quelque peu une artiste rencontrée récemment : Yasmin Shah. Une tessiture exceptionnelle, une puissance incroyable laissant place à des parties subtiles et magnifiquement dosées … et il faudra attendre la reprise EXCEPTIONNELLE de Toxic de Britney Spears pour mettre en valeur son univers. Car Yael Naïm ne se résume pas à une voix : les musiciens qui l’accompagnent ne sont pas en reste : bien que relativement effacés (ne serait-ce que les jeux de lumière qui se braquent sur la charismatique chanteuse), ce sont de véritables musiciens de haut niveau qui transportent chaque chanson interprétée. Impossible de ne pas tomber sous le charme d’un tel univers, assez difficile à cerner : entre piano à forte influence romantique, parties de guitare résolument folk, et sons electros apportant une touche très moderne à l’ensemble … Yael Naïm a au moins séduit et fait succomber une personne dans le public, même si les ovations généreuses laissent penser que, même si l’on écoute et analyse tous la musique de manière différente, je n’ai pas été le seul à être touché.

Adanowsky (feat. Gush) (web)

Un show d’Adanowsky, c’est un peu comme notre plat préféré : on peut en manger à vie, sans restriction et sans en être jamais dégouté. Le crooner déjanté séduit à peine monté sur scène : il faut dire que sa « Dutronc attitude », son charme hispanite et sa présence scénique sont autant d’aimants naturels pour attirer très facilement les femmes présentes dans la salle. Quel que soit leur âge : les « plus âgées » se retrouvent propulsées des années en arrière, les plus jeunes au premier rang se déhanchent de manière quasi pavlovienne face aux rythmiques dansantes … sans oublier Olivia, une jolie blonde qui a eu l’audace d’embrasser sur la bouche tous les garçons du groupe :) La « découverte » jusqu’à présent sage commence à se transformer en grain de folie : il fait très chaud dans la salle, le public est une véritable peinture de sourires beats. On sent que tout le monde est heureux d’être présent. A l’instar d’Adrienne Pauly, son binôme de toujours, Adanowsky aime blablater entre les chansons : les blagues font mouche, l’ambiance entre les musiciens ressemble à une bande de potes racontant leur vie dans un bar … le show est aussi calibré que free ride, et l’on ne voit pas le temps passer. Si vous aimez Adrienne Pauly, voyez en Adanowsky son alter ego scénique masculin, avec cette même folie qui illumine leur visage, avec leur même passion pour la scène, mais aussi leur même côté lunaire, où l’on n’arrive jamais à savoir s’ils sont sérieux ou s’ils pratiquement de manière outrancière le 30e degré : le bon argument pour convaincre ?!

Chin Chin (web)

Il se fait tard, et le public qualifié précédemment de « familial » a bien du mal à tenir la route : il est plus de 23h20, la salle qui accueillit précédemment Imbert Imbert et Yael Naïm se voit légèrement transformée (les sièges ont disparu) ; c’est dans ce climat quasi désertique que les fabuleux Chin Chin entrèrent sur scène. Si le leader a perdu entre temps – depuis les Eurockéennes – ses 60 cm de chevelure, la magie opère tout autant : les fans – visiblement peu nombreux – de disco / funk d’un autre âge, réhaussé par des sonorités electro technoïdes sont comblés. Ca groove à souhait, le groupe aime toujours se noyer dans de ténébreuses lumières et des fumées camouflantes, le son est parfait. Mais leur énergie débordante et leur enthousiasme ne seront pas suffisants pour captiver le public, à la fois exténué et peu attiré par ce style musical. Dommage.

publié par Rod le 01.11.07

archives.le-hiboo.com

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2 commentaires

  1. clement (de l'ancien ptit bar) 5.11.07 | 14:48

    Merci toi qui raconte cette histoire. je suis à l’etranger et ne peux donc pas cette année et pr la premiere fois depuis de nombreuses années, assister à ce cher moment danimation de mon quartier. merci pr la description de cette atmosphere que j’aime tant

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  2. Et c’est dans ces moments-là que tu plains ta pauvre condition de photographe, en te disant que tu gagnerais mieux à faire partie des musicos. Enfin en même temps, si t’es dans le groupe, t’as la chance de passer en premier, et qu’ensuite tu réalises qu’elle te préfère même pas à tes p’tits camarades… mouais, franchement, ça se discute :)))

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