Private Domain à la Cité de la Musique, ou le mariage forcé entre le ‘classique’ et l’électro

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La musique sacrée, baroque en particulier, possède quelque chose de noble, d’intemporel et de spirituel. Que ce soit Bach, Purcell, Pergolese, Haendel … ces artistes incroyables ont marqué et influencé toute la planète entière sur le plan musical. 4 siècles plus tard, et après bien des tentatives échouées en la matière (notamment avec Night of the Proms, le fameux concept belge cherchant à vulgariser le classique avec la pop), une certaine Iko (prononce Aillequeau), génétrice du projet, tente le temps d’une soirée de concilier l’électro samplée avec les cordes et autres choeurs d’antan. Le résultat ?

Cité de la Musique. 20h. Le Paris prout prout est de sortie, et il a froid. Très froid. Ce soir, il va assister à une expérience jusqu’alors peu pratiquée – si ce n’est, et avec brio dans les années 80 dans le monde des jeux vidéos, avec les BMG de la saga Castlevania, mais nous y reviendrons plus tard, et en aparté : la revisite de certaines oeuvres baroques et quelques unes issues du romantisme – via l’utilisation de sonorités électroniques et autres samples.

En effet, bien que quelques mètres séparent le côté cour jardin (pour les profanes : à gauche) accueillant les cordes traditionnelles (violoncelle, contrebasse, violons et guitare baroque) du côté jardin cour (toujours pour les profanes : à droite) se voyant juste recevoir une simple table avec 2 laptops visiblement estampillés d’une pomme designée web 2.0, le gouffre spatio-temporel est pourtant de l’ordre de 4 siècles. C’est en effet vers le début des années 1570 que naquit le courant dit baroque. Tu vas me dire « non seulement tu écris comme d’habitude que des conneries plus grosses que ton ventre de femme enceinte de 14 mois, mais en plus tu ne sais pas compter« . Et tu n’aurais pas tort, puisqu’en effet, 1570 + 400 = 1970 (et tu aurais encore moins tort si tu avais eu comme information secrète que j’ai eu 3/20 au bac de maths en 1994). Je me permets donc de rectifier en précisant un détail loin d’être anodin : les oeuvres réarrangées – voire totalement revisitées – ce soir sont avant tout issues de la fin de ce courant (vers la fin des années 1760 … et même davantage, si l’on considère Mozart comme le chaînon manquant entre le baroque et le classique … ce dernier étant mort en 1791. Même si l’on peut ajouter qu’il a également été l’un des pionniers du courant romantique, mais ne nous égarons pas, de toute façon on s’en fout, comme tout le reste qui va suivre).

Ce qui m’a fortement motivé à assister au spectacle – merci Hamid – se résumait à la seule présence de Rosemary Standley. Oui, la magnifique chanteuse de Moriarty. 1 an et quelques auparavant, j’avais suivi les buffaloes à Rouen dans leur mini tour bus et j’avais pu discutailler avec la diva de musique classique (au sens galvaudé du terme, pour faire simple) et de ses influences liées à ces divers courants antiques, dont le baroque. Ceux qui connaissent Moriarty savent que leur chanteuse est classifiable vocalement parlant dans la catégorie mezzo-soprano, mais l’exercice est tout autre lorsqu’il s’agit de passer de comptines folk/country à des oeuvres qui demandent une certaine rigueur et tenue vocales. Je ne te ferai pas le coup du suspense intenable, elle a tout simplement été la reine de la soirée. Mieux encore, elle a sauvé le projet du massacre.

Je ne pensais pas entendre pire que Night of the Proms, je n’en avais pas rêvé, mais force est de constater qu’Iko l’a fait. Mais tu vas me dire « ouais c’est facile de cracher dans la soupe ». Et je ne dis pas le contraire, les contraintes étaient de taille, j’ai même mis de côté mon purisme lié à la musique baroque – ayant eu la chance d’entrer à mes 18 ans dans un choeur et d’interpréter certaines oeuvres jouées ce soir, forcément ce n’était pas facile, mais j’y ai mis du mien – et je vais t’expliquer en quelques lignes pourquoi on ne peut pas mélanger un teriyaki don avec un couscous (oui, on peut le faire, mais on appelle ça une faute de goût)

La musique est constituée de sons – wow, le premier scoop 2010. Emanent des notes des fréquences. Et il arrive que certaines d’entre elles s’annulent, se brouillonnent, s’évaporent (en général, elles s’harmonisent, y compris dans Toi + Moi de Grégoire). Ce soir, dire que le son était brouillon relèverait de l’euphémisme. On entendait vraiment tout. Mais vraiment rien de distinct à la fois. Les choeurs étaient globalement inaudibles (et vu le niveau, puisqu’à 8 ils arrivaient à donner l’illusion d’être le triple, les compétences ne sont pas du tout à remettre en cause), certains sons synthétiques détruisaient la beauté des parties vocales solo (je pense notamment au très douloureux passage d’Après un rêve de Fauré) … Dante avait schématisé les 7 niveaux de l’enfer, Iko a crée le huitième. Ou plus précisement le mien. Puisqu’à vue de bec d’oiseau nyctalope, l’auditoire est totalement emballé, et tous ont chaleureusement applaudi (si si). Cet article ne concerne donc en rien la ou ma vérité, mais un ressenti fort désagréable.

Il y eut également des fautes de goût assez flagrantes, ne pouvant provoquer que le sourire moqueur d’un HibOO perché (et j’étais bien placé, au milieu du balcon, premier rang, difficile de rêver mieux) : un long passage électronique CHIANT de Para One (Liège) qui, durant 5 minutes, regarde son laptop (oui oui, il ne fait rien d’autre), pendant que des lights technoïdes (laser) illuminent la salle dubitative / contemplative (en fonction des individus). Ou encore Offertoire du Requiem de Mozart. Qui fut « ma » révélation suite à ce que j’écrivais précédemment, à savoir que le mélange « son nintendo 8 bits » avec le baroque/classique avait déjà été utilisée par le passé, mais avec classe. Sauf qu’à l’époque, le choix n’existait pas : la fabuleuse NES n’avait dans ses entrailles qu’un petit processeur PCM 8 bits mono, ce qui força les compositeurs de l’époque à se décarcasser l’esprit en compensant avec des mélodies extraordinaires (Castlevania, Section Z, Batman ou encore Super Mario Bros 2 pour ne citer qu’eux. Musiques tellement incroyables à l’époque qu’elles transformèrent la vie de certaines personnes, cf. Vanessa Mae – ouais, bon). Ce soir, en revanche, le kitsch a pris le dessus sur l’aspect nostalgique des sons.

Pourtant, alors que tout semblait perdu, et s’enlisait telle une bataille du gouffre de Helm quasiment gagnée par les Huruk Hai kamizakes, l’improbable se produisit, et permit un sursaut d’intérêt ; à l’instar de Gandalf le Blanc venu sauver ses amis des mains des hybrides nés de la perfidie de Saroumane (l’attaque des clones avant l’attaque des clones !), l’Allegretto de la 7e Symphonie de Beethoven retentit dans la salle, avec le minimum syndical electro, pour laisser place à la majestuosité des cordes. C’est beau. Divin. Hypnotique. « Le classique » se suffit à lui-même, et cet aparté miraculeux en fut la preuve irréfutable.

Tu l’auras compris, j’ai trouvé l’ouvrage à la fois lourd, prétentieux (enfin pas pire que cet article, c’est dire !), et sans réelle inventivité. Tous ceux qui ont tenté de s’aventurer dans l’univers baroque/classique/romantique se sont tous cassés les dents, y compris les groupes dont la qualité d’arrangements n’est plus à prouver (comme a pu le souligner la Blogothèque avec Grizzly Bear lors d’un live au Barbican). Je ne doute aucunement du niveau musical d’Iko, mais voilà. Quand c’est trop, c’est tropico. Et là c’était peut-être un peu too much pour moi.

Resteront le magnifique travail réalisé au niveau des lumières, l’accueil de la salle, mes voisines grand-mères hyper avant-gardistes et les passages remarqués et remarquables de Rosemary Standley. Merci à toi.

En retapant la setlist, je m’aperçois qu’il y a autant de baroque dans le répertoire que de riffs distordus en triple croche à 180 bpm dans un titre de Bob Marley. Diantre.

Pour la peine, kdo : Dwelling of Doom, Bloody Tears, The Silence of Daylight, issus de Castlevania II – Simon’s Quest, au format midi (c’est-à-dire du son « comme à l’époque quand on jouait avec des persos pixellisés de 16 couleurs »

http://www.youtube.com/watch?v=ej_wRgBS5lI

Kdo Bonux 2 : Rondo Veneziano, un OVNI des années 80, précurseur de tant de choses finalement (oui, Daft Punk spirit avant Daft Punk : on croirait Interstella 5555 et notamment Veridis Quo), qui a à l’heure actuelle le mieux réussi le mélange improbable de courants antinomiques.

publié par Rod le 06.01.10

archives.le-hiboo.com

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9 commentaires

  1. j’aime cet article

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  2. Côté cours c’est à droite et jardin à gauche ;)

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  3. barbara 7.01.10 | 09:58

    Merci Rod; RoseMary me fait craquer à chaque fois que je l’entends.
    Sa présence est un vrai gage de qualité.

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  4. Je suis bien d’accord avec toi. Mis à part le Requiem, ce fut très décevant. Le Rameau ressemblait à une vieillerie cheap pop, ce qui était finalement assez drôle… La 7ème n’a pour moi rien subit – à part le beat étrange qui semblait venir des MacBook, j’étais à un concert de classique, un vrai. Et sinon ? Comme m’a demandé mon voisin de siège à un moment (Liège de Para One), « C’est pauvre, non ? ».
    Les bobos parisiens ont peut-être aimé cette branlette intellectualo-musicale. J’en attendais beaucoup plus. Je me suis pris à rêvé de ce qu’on pourrait faire. Et finalement, j’ai repensé à tous les artistes qui samplent du classique : de la petite musique de Bach, à d’autres grands classique, beaucoup ont fait un peu mieux sans se prendre la tête…

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  5. i love moon 7.01.10 | 11:23

    Rosemary sera dans l’émission Ce soir ou jamais dans la cadre de sa participation à l’album We ear voices de The Fitzcarraldo Sessions (qui n’a même pas fait partis des 580 et qq des disques débatus pour le top 2009).

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  6. Omig Migo 7.01.10 | 11:35

    Même constat…

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  7. L’artile est très intéressant, à l’inverse du concert apparemment !
    Dans les modernisations de la musique classique, et meme si c’est un peu éloigné on pourrait aussi citer des groupes de métal qui invitent des orchestres à se joindre à eux. Enfin, j’ai jamais aimé (Metallica en est un exemple) mais ton article m’y a ait repenser.

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    • mauvais exemple … metallica est tout sauf un groupe qui sait arranger des chansons … et leurs oeuvres « symphoniques » sont une vaste blague.

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  8. Délator 18.01.10 | 18:53

    Moi, j’ai trouvé ça à côté de la plaque. Une honte même.

    Par contre j’ai trouvé ceci fort intéressant:
    http://www.amazon.fr/Encores/dp/B002WUMFUO

    C’est un peu le procédé inverse, la musique actuelle se classifie, et ça ne sent pas trop le coup marketing.

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