Aufgang au Café de la Danse : vous montez ?

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Salle comble pour le premier concert d’Aufgang à Paris depuis la sortie de leur premier album. Précédés d’une premier partie présentant le travail électronique de Rone allié aux improvisations de Gaspard Claus au violoncelle, la soirée fut telle qu’on l’attendait : exceptionnelle

Rone (www.myspace.com/rone0)

Rone fait partie de ces artistes discrets mais doués qu’on peut dénicher à Paris. Il est rare de voir un électronicien porter des petites besicles rondes, ça lui donne un côté gamin en décalage complet avec ce qu’il est capable de faire cracher à ses machines. Il livre des nappes d’electro minimale qui, si elles étaient un peu trop douces au départ pour une première partie d’Aufgang, ont pris progressivement de l’ampleur jusqu’à une intensité telle que le public en a redemandé. Gaspard Claus pendant ce temps là improvise quasiment en permanence des partitions de violoncelle un peu barrées, rappelant Erik Satie ou les partitions texturées de Kaija Saariaho. La prestation manque de temps pour pouvoir dévoiler toutes ses subtilités mais il y a indéniablement quelque chose à creuser.

Aufgang (www.myspace.com/aufgangsonar)

Court entracte, excitation et papillons dans le creux du ventre. Contrairement à leur prestation en mai dernier à la Cité de la Musique où les pianos étaient tête-bêche et où le batteur tournait le dos au public (cf. la vidéo de Grandcrew), la configuration adoptée ce soir prend plus de place. Aymeric Westrich et sa batterie sont le personnage principal de l’histoire, les machines sont dissimulées sur le côté. Les pianistes et leurs mastodontes sont de trois-quart de part et d’autre du batteur. On repense à Battles qui place également la batterie au centre de l’attention du public. L’avantage de la configuration de la Cité de la Musique créait plus de complicité entre les deux pianistes. Là, ils vont devoir livrer chacun un combat contre leur bel animal. Oubliez le polish et les honneurs habituellement rendus aux pianistes dès qu’ils mettent un pied sur scène. Ici les pianos sont poussiéreux, les pianistes n’ont pas de queue de pie et les mouvements de bras et de jambes ne sont pas sanctionnés, au contraire. Du classique, on ne garde que la configuration assise de la salle, ce qu’on pouvait déplorer car l’envie de danser était forte.

Si d’ordinaire le public n’apprécie guère d’assister à un concert où les titres suivent rigoureusement l’ordre du disque, la donne est un peu différente pour ce groupe. L’album d’Aufgang comporte une progression en trois mouvements qu’il est indispensable de respecter pour comprendre l’objet de la musique de ce trio peu banal (cf. chronique du disque). Retroussement de manches, grande inspiration, regards complices et c’est parti pour une bataille d’une heure.

Channel 7 plonge les spectateurs dans l’univers batterie-piano en un temps record. On entend jusqu’aux déclics des appareils photos, la tension est déjà palpable. Dociles, les 250 kilos de bois et cordes se laissent manipuler et guider par la batterie vers des musicalités rappelant Detroit. Dès Barock, le système de résistance aux conventions s’enclenche. Tout va pour le mieux pendant les trente premières secondes où les partitions s’apparentent à de la bonne musique de chambre du XVIIIe siècle. Mais ensuite, la batterie et les nappes discrètes se font plus insistantes et prennent la direction des choses. Pris en otages, les pianos sont réduits à l’état d’instruments parallèles, un rôle d’accompagnement par la répétition de motifs hypnotiques. Le tout est terriblement entraînant, le public commence à dodeliner de la tête pour suivre les circonvolutions des mélodies captivantes. Enfin surgit Sonar, titre phare qui les a fait connaître (au festival barcelonais du même nom), dans une version nettement plus travaillée. Les mélopées parasites faites de bidouillages sonores envahissent peu à peu le morceau. Rami répète toutes les boucles deux fois plus que dans la version originale, Francesco insère des motifs en quart de ton. Aymeric reste plus concentré que jamais et est simultanément très à l’écoute de ses acolytes. Les corps sont déployés, les musculatures s’expriment, le trio est maître du jeu.

Interlude où Rami Khalifé prend la parole. Lui qui est pourtant le plus timide rend compte de son émotion de voir la salle pleine, de présenter le fruit d’un travail de cinq ans devant un public très attentif. Les deux pianistes échangent leurs postes, histoire de montrer aux instruments noirs vernis qui commande. Francesco et Rami offrent Prélude du passé à Aymeric. Lui reste tête baissé, on s’attend même à ce qu’il remonte les jambes contre son torse, comme un fœtus. Morceau mélancolique dédié à l’un de ses amis chers (cf. interview), il se recueille avant d’emboiter le pas au duo pour parfaire des sonorités qui viennent triturer votre cœur de rythmiques enjouées comme peut être la Vie : des coups durs parsemés de bonheurs intenses de courte durée. Good Generation inverse définitivement la balance, on entre dans ce troisième mouvement où les pianos se retrouvent un peu plus asservis chaque minute jouée. Machine à jouer subordonnées à la musique amplifiée, eux nobles pianos ? C’est dans 3 Vitesses que le bras de fer saute aux oreilles puis aux yeux. Il y a certes trois humains sur scène mais c’est comme si chaque corde, chaque cymbale, chaque bit prenait vie. Le piano est ici un instrument qu’on laisse vivre et s’exprimer à sa guise, il tousse, il rouspète et s’énerve. Francesco et Rami résistent de tout leur corps (en témoignent leurs chemises littéralement trempées), ils se lèvent, se ruent sur les pédales, font le grand écart entre les octaves. Enfin survient l’apothéose, la Soumission. Les claviers veulent reprendre l’avantage et le font savoir. Francesco Tristano et Rami Khalifé tentent de les contenir, ne se contentant pas de s’occuper de leurs touches d’ivoires. Non, ils les encombrent de partitions éparpillées, ils grattent les cordes, ils bidouillent les tables d’harmonies, ils caressent le bois, ils triturent les marteaux et les feutres en prennent pour leur matricule. Les trois corps des musiciens se voûtent, les instruments leur obéissent mais semblent répondre d’un impératif supérieur. Chaque note, chaque sonorité s’expriment pleinement. Sous des allures déconstruites, on retrouve bien une rigueur implacable.

Fin. Applaudissements. Salut. Le trio semble exténué mais revient pour un ultime morceau en guise de rappel. Très belle soirée où Rone et Gaspard Claus servaient de marchepied à l’envolée de marches que nous ont fait gravir Aufgang avec élégance et modestie.

Retrouvez cette chronique sur les Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

publié par Violette R.O.L.L. le 20.11.09

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4 commentaires

  1. Pas mieux. Merci et bravo :) un vrai live report quoi.

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  2. En ce vendredi 20 novembre 2009, Rod a fait un compliment à Mauve, notez-le dans les tablettes, il va pleuvoir :) !

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  3. Arghhh j’avais essayé avec l’album; là j’essaie avec le live… je tiens pas plus de deux minutes… au secours !

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