Jacno est mort
Tweet« Père du Punk français », « précurseur de la musique electronique », « figure du revival pop des années 80″, les appellations ne manquent pas pour etiqueter un type absolument inclassable. Ce qui est sûr, c’est que Jacno est une de ces influences souterraines, qui a l’instar du velvet underground en leur temps, irriguent de leur idées plusieurs générations de musiciens. Denis Quilliard (lui qui avait emprunté son surnom au dessinateur du casque de la marque gauloise Marcel Jacno) est mort jeudi soir, à 52 ans, d’un cancer.
Jacno fut, on le sait, le fondateur avec Elli Mederos des Stinky Toys en avril 1976, groupe présenté dans la presse comme les fondateurs du punk français, ce qui est à la fois vrai et faux (Elli et Jacno n’ont cessé de dire qu’il n’était pas punks, mais c’est Elli qui, pour l’anecdote, a eu l’idée de se mettre des épingles à nourrice partout, idée que lui a piqué Malcom Mac Laren, manager des Sex Pistols lors d’un concert commun à Londres).
Trois ans plus tard, les « toys » se séparent et Jacno prend le contrepied de tout le monde en sortant sur un label utra underground (Celluloid) un album instrumental dont il joue tous les instruments, avec les fameux synthés analogiques de l’epoque (Korg , Arp et Juno) les reverb à bande Revox, etc. Le titre « rectangle », devient un tube universel, non pas (comme on peut le lire sous la plume de journalistes pressés – euphémisme, je vous l’accorde – qui recopient bêtement la même dépêche AFP ) grâce au film d’Assayas (« Copyright » où on l’entend) mais grâce à la decision de Pierre Lescure de le passer en boucle sur Europe 1, (alors que toutes les autres radios refusaient de passer un morceau qui n’était pas une « vraie chanson ».) et plus tard évidemment, parce qu’il fut longtemps le thème sur lequel le regretté « Grosquick » allait sauver des dauphins (dans publicités « Nesquick » des années 80). L’album (dur à trouver) n’a pas pris une ride, et, comme le disait avec humour Jacno, à tout autant inspiré Air que Dorothée… Tous les morceaux méritent le détour (Triangle, Cercle, Losange…) mélant simplicité quasi enfantine des mélodies, et une grande profondeur, et grande élaboration, dans la texture des sons.
Jacno a ensuite fait deux albums de la même veine musicale, cette fois écrit et interprété avec Elli Medeiros, sous le nom d’Elli et Jacno (1980-84), ( avec quelques tubes, comme « main dans la main ») album qui eux aussi méritent largement d’être écouté. Le paradoxe veut cette nouvelle « pop electro » version chantée ait connu un carton avec « Amoureux Solitaire » (1985) fait pour Lio (mais qui était une reprise de Lonely Lovers, des Stinky Toys et aurait tout à fait pu figurer sur un album d’Elie et Jacno). Puis s’est orienté vers la production, la réalistation, l’arrangement, ( Daniel Darc, Etienne Daho, Jacques Higelin, Françoise Hardy…), tout en continuant à sortir quelques albums (le plus récent « tant de temps » en 2006).
On espère qu’au moins sa disparition donnera à quelque maison de disque de ressortir les albums de la grande époque, correctement remasterisés… en attendant on devra se contenter de quelques vidéos répiqué à partir bande vidéo souffreteuses. Mais c’était aussi ça les années 80.
Rover – Late Night Love (extrait du court-métrage de Mr Chut)
Clip : Ornette ‘Crazy’
19 ans plus tard, Adieu les Black Sessions

Jipes 9.11.09 | 11:19
Bien triste j’aimais bien la pop de Elli et Jacno avec de chouettes chansons bien foutues. Le « Crabe » est une belle saloperie
Olivier 9.11.09 | 14:37
Rhaaa. Il ne va bientôt plus rester qu’Eudeline et Daniel Darc, de cette fameuse « génération Mont de Marsan »… Toujours eu un faible pour l’élégance discrète de Jacno et son travail sur la synthpop acidulée de l’après punk (les Stinky Toys sont largement surévalués,en revanche, imho), qui n’a finalement guère vielli… Il y a eu des petites merveilles. Ce « Main dans la main » avec Eli, par exemple : c’est mievre mais Dieu que c’est plaisant, parfois. RIP Monsieur…