Turzi joue B @ Elysée Montmartre : mode d’emploi pour une victoire de la musique

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Turzi
  Gaité Lyrique (Paris) - 9 juin

En ce jeudi soir, on arrive à l’Elysée Montmartre en se disant que la salle sera à moitié pleine (ou à moitié vide, à vous de choisir votre camp), que les invités présents vont pour la plupart ou ne pas se donner la peine d’honorer l’artiste de leur présence ou repartir en faisant cette moue dubitative si caractéristique qui donne envie d’avoir des accès de violence. Et que Turzi ne gagnera donc pas encore la renommée qu’il mérite. Mais ce soir là, la chance a peut-être tourné. Grâce à un excellent line-up (SCUM et sa batteuse talentueuse, Etienne Jaumet et ses disques psychédélico-dantesque, Koudlam à la mise en scène chic et soignée et ses samples décalés…), la prestation de Turzi s’inscrivait comme l’aboutissement d’une soirée dédiée à la recherche de musicalités nouvelles. Le public avait été préparé en douceur à assister à une prestation difficile d’accès au premier abord. Et force est de constater qu’il s’est produit l’effet escompté.

Dans un premier temps, on s’est inquiété d’entendre Turzi jouer dans l’ordre les titres de son nouveau disque B qui, il faut le reconnaître, est ardu à la première écoute et n’est donc pas approprié lorsqu’on veut faire découvrir l’univers de ce groupe à des néophytes. Fort heureusement, la setliste a évolué en proposant une immersion plus douce, à condition de se laisser envahir par les mélodies électro-rock aux accents krautrock et aux textures psychédéliques. Car il s’agit bien d’une plongée dans un univers complexe. Le V-jing, contrairement à la prestation du Nouveau Casino, fonctionnait parfaitement, proposant une visite virtuelle des villes en B de l’album à travers GoogleEarth : Beijing, Buenos Aires, Bombay, Baltimore, Brasilia, Bogota… et ces quelques bonus pour la fin, un magnifique survol du château de Versailles et ce splendide bug/goodies où l’on aperçoit un squelette du Roi (?) dans une fondation du Palais…

Pour ceux qui n’ont pas encore été convaincus ou ceux qui voudraient ne pas louper le coche pour le prochain concert, les réflexions qui suivent s’adressent à eux.
Nombreux sont ceux qui confondent Turzi en tant que groupe et Romain Turzi en tant que musicien aux projets solos très électro. Un concert de Turzi n’a rien à voir avec Turzi Experience, c’est comme si vous assimiliez la folk d’Herman Düne au krautrock de Zombie Zombie : certes Cosmic Neman joue de la batterie dans les deux groupes, mais les deux prestations qu’il propose n’ont rien à voir l’une avec l’autre. Si Romain Turzi a bien proposé au milieu du concert un titre exclusivement électronique grâce à son Tenori-on, c’était une incursion de son travail solo dans son travail de groupe. De même s’il était annoncé que Turzi jouait B ce soir là sur le flyer, les adeptes auront immédiatement reconnu qu’il y avait également des morceaux extraits de A (Alpes et Afghanistan). Turzi n’est donc pas un groupe à classer simplement en électro ou simplement en krautrock. Non, l’une des grandes qualités de ces musiciens est justement d’être capable de faire évoluer leur musique d’un disque sur l’autre, de ne pas se cantonner à un genre musical en vogue (krautrock) ou plus facile d’approche (électro) et de proposer de véritables virages dans leur approche musicale. Pour résumer, Turzi est un groupe français qui, bien qu’injustement sous-estimé, est capable de prendre des risques et d’assumer des choix musicaux. Oui Romain Turzi est d’origine versaillaise comme Air, mais contrairement à eux il est encore capable de créativité.

Nombreux sont ceux qui disent ne pas « comprendre » la musique de Turzi, c’est parce qu’elle s’adresse moins à l’intellect qu’aux sens. Au premier abord, vous avez l’impression d’assister à une cacophonie foutraque. Il n’en est rien, Turzi propose des morceaux géométriques à la régularité d’un métronome, il faut simplement accepter de lâcher prise, de faire abstraction de la salle de spectacle, de vos voisins, du verre que vous tenez à la main. Petit à petit, les motifs apparaissent, les lignes de basses, de batterie, de clavier ou de guitare jouent à la fois ensemble et chacune dans leur coin, en vous concentrant bien, chaque mélodie peut vous apparaître distinctement, elles sont belles écoutées séparément, elles sont splendides lorsqu’on les écoute toutes ensemble. N’essayez pas non plus de comprendre ce que racontent les paroles des chants mystiques de Romain Turzi, considérez cela comme une sonorité supplémentaire. Petit à petit, c’est tout votre être qui entre en transe, se met à osciller sans que vous compreniez pourquoi. Ne cherchez pas à dissuader votre corps de danser, c’est encore autorisé :)

La musique de Turzi n’est pas facile d’accès, demande de la concentration et de la patience. On ne vient pas au concert de ce groupe pour digérer, non, on se fait remuer le corps et l’esprit et l’on met en général du temps à s’en remettre (surtout si vous avez oublié de protégez vos oreilles, vous risquez d’avoir un problème supplémentaire). Ce concert de l’Elysée Montmartre était probablement l’un des meilleurs (le son était impeccable, le V-jing aussi), on fêtait une belle victoire de la musique de qualité sur la soupe industrielle actuelle. Ne ratez pas la prochaine occasion d’en profiter !

publié par Violette R.O.L.L. le 30.10.09

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