Turzi, Rebotini et Yuksek sont dans un bateau … (au point FMR)

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Turzi
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Cinq ans pour le Point Ephémère déjà… Bam ! Dans notre tronche le coup de vieux ! C’est aussi cinq ans de mûrissement de trois artistes électro français en qui le Point Ephémère a placé sa confiance depuis le début.

Romain Turzi d’abord, le résident perpétuel. Membre central du groupe Turzi, dont les deux albums A et B sont de petites merveilles eletro-krautrock aux envolées mystiques et batcave, Romain Turzi se produit régulièrement seul ou dans des projets alternatifs (notamment avec Etienne Jaumet). Ce soir là, il est seul, cerné de ses machines et de sa guitare. Il utilise notamment beaucoup le Tenorion, petit instrument mais grand potentiel (lorsqu’on sait l’exploiter). De dos, au mieux de profil, ce presque trentenaire est concentré, il n’adressera d’ailleurs pas un mot au public. Très vite, ses boucles entêtantes vous plongent dans son univers psychédélique et christique qui lui est si personnel. On reconnaît beaucoup de thèmes issus de A (notamment les paroles de ses chants), plusieurs trouvailles intéressantes grâce au Tenorion qui lui permet de programmer beaucoup de boucles tout en jouant de la guitare. Comme à chaque écoute, on ressort un peu engourdi de cette exploration d’abysses électroniques. La réintroduction dans le monde des humains n’est pas comprise dans le billet. Une chose est certaine, Turzi est capable de beaucoup de renouvellement, aller de l’avant sans pour autant faire une croix sur « les compositions des débuts », en ce moment c’est une qualité qui se fait rare.

Arnaud Rebotini ensuite, le quarantenaire qui a eu le courage de se reconvertir. La bonne idée d’arrêter Black Strobe, de se séparer d’Yvan Smaggue pour se reconcentrer sur ce qu’il aime : la techno pointue en solo. Il collectionne les synthés Roland vintage, il va donc les exploiter et nous livre sa petite symphonie pour machines usagées et oubliées à tort. Un synthétiseur lorsqu’on sait lui faire cracher ce qu’il a dans le ventre, ça peut s’avérer être un excellent outil musical, et en plus c’est beau. Cerné de machine, l’homme au look de Forban titille les corps qui se déhanchent comme si de rien n’était et charme les oreilles attentives qui sont restées pour cette prestation un peu tardive pour un lundi soir. Arnaud Rebotini vient simplement de démontrer qu’on peut faire de la musique du futur avec des machines fabriquées avant ma naissance…

Donc, pour synthétiser (sans mauvais jeu de mot ahah) on a commencé la soirée par un vingtenaire Turzi qui utilise les derniers outils technologiques pour créer une électro mystique et très rétro et on a terminé ce concert par un quarantenaire Rebotini qui n’utilise que du matos d’après guerre pour inventer une musique techno futuriste. Et au milieu de ces deux tendances vraiment intéressantes, s’en dessine une troisième, représentée ce soir là par Yuksek.

Lui est jeune – plus que Turzi – et est tout droit issu de la mouvance Ed Bangers. En résumé, il fait de la musique à l’opposé de Turzi et Rebotini : de la musique immédiate, l’électro à danser sans se concentrer. Pas de fond, juste une forme. Et ça fonctionne parfaitement, le public se met à sautiller dans tous les sens, secouer la tête et sourire sans se poser de questions. Des titres tous ultra-calibrés pour les radios commerciales (2’30 – 3’00) en complète opposition avec les 8’00 – 12’00 de moyenne de ses deux collègues. Un live de Yuksek, c’est comme un mauvais film avec un scénario intéressant, on en ressort en ayant déjà oublié les trois quart de ce à quoi on vient d’assister. Cet artiste appartient à toute cette vague qui copie les aînés (Daft Punk, Simian…) pour recracher plus ou moins habilement une électro fluo. Matuvu et Bling-bling sont les maîtres mots qui attirent une jeunesse en mal de connaissance musicale de fond et qui a un profond besoin de défoulement immédiat. Issus de la génération « tout, tout de suite », « travailler plus sans gagner plus », « société de consommation mon Amour », le public le plus friand de Yuksek est jeune. Sauf que… ce soir là, nous sommes un lundi,, ce n’est pas les vacances scolaires et le public est plutôt « trentenaire bien tassé » que « tout juste majeur ». On se rend alors compte que Yuksek touche une autre catégorie de public : les bobos en mal de jeunesse, sur le retour et ne supportant pas l’idée d’approcher les quarante piges. Pas d’enfants, pas de vie de couple, pas de voiture (mais un scooter, pardon, un Vespa), pas de théâtre ou d’opéra mais du clubbing jusqu’à plus soif, un appartement grand et vide de vie puisqu’ils n’en sont que les courants d’airs : on ne mange pas chez soi, il n’y a pas de table pour ça ; on n’invite pas chez soi, il n’y a rien à voir chez soi… Ils se raccrochent à cet ersatz d’électro qui leur donne l’illusion d’être jeune à nouveau, de ne plus sentir le poids des ans dans leurs genoux, d’oublier quelques instants cette brioche naissante sur leurs hanches. Le temps d’un set, ils ont l’impression d’être insouciants, ils oublient qu’ils sont censés être des bobos parisiens coincés devant un concert, ils applaudissent à tout rompre au lieu de nous servir leur habituelle moue dédaigneuse. Croyez-le ou non, c’est presqu’émouvant de voir leur détresse affective et leur mal-être de presque-vieux s’effacer l‘instant d’un titre.

Attention, je n’ai jamais dit être restée de marbre devant le set de Yuksek, j’avais d’ailleurs beaucoup apprécié son album. Mais je suis encore capable de faire la différence entre une électro de surface putassière et une expérience électronique poussée et approfondie qui demande beaucoup de concentration pour ne pas passer à côté. Je ne suis malheureusement pas certaine que la génération qui me suit (c’est-à-dire mon petit frère) et la génération perdue de ces quarantenaires fassent la distinction.

Le Point Ephémère avait préparé un plateau de qualité pour fêter comme il se devait ses cinq ans, on regrette simplement que cette soirée n’était pas un vendredi ou samedi ! Turzi et Rebotini ont assurément beaucoup de belles années musicales à nous faire partager, le jeune Yuksek est… jeune, il progressera :) !

Retrouvez cet article sur les Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes |
Crédit photo : Michaurel

publié par Violette R.O.L.L. le 13.10.09

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Un commentaire

  1. Retrouvez mes photos de la soirée sur FlickR :

    1 + 1 + 1 = 1 - Turzi, Yuksek, Rebotini @ Le Point FMR - 12/10/2009

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