Patrick Vershueren – Babel Europe

Patrick Vershueren est le Directeur du festival Babel Europe, une grande fête des cultures qui met en évidence une grande capitale européenne chaque année. Son équipe et lui nous proposent cette fois un coup de projecteur sur Sofia la bulgare du 2 au 7 Mai 2006. On retrouvera, dans différentes salles de Rouen et de Val de Reuil la crème du théâtre, de la musique et des œuvres made in Bulgarie. Une curiosité, une découverte, du talent, des rencontres, Babel Europe, c’est un peu tout ça à la fois.

Peux-tu nous parler de ce jeune festival plus en détail ?

Le but, c’est de faire venir en Normandie des artistes européens peu présents, faire découvrir d’autres cultures, faire découvrir cette Europe là. L’idée, c’est aussi de faire rencontrer les artistes normands avec ceux des autres pays afin de créer des connexions, et pourquoi pas mettre en œuvre des projets européens.

Ce festival fonctionne t-il sur la base du partenariat ?

Absolument. Chaque compagnie est accueillie par une structure, que ce soit le théâtre des deux rives, la chapelle saint Louis, le conservatoire ou autre. Ils peuvent par conséquent imaginer une suite à donner à ces rencontres.

Prague l’année dernière, Sofia cette année, comment choisissez-vous la capitale qui sera mise en avant dans le festival ?

C’est encore un pays slave, mais ce n’est pas figé. L’année prochaine, par exemple, nous serons du côté de Madrid. En ce qui concerne ces deux pays, il est intéressant de les mettre en avant parce qu’ils sont nouveaux entrants, c’est bien de connaître d’avantage leur culture. Ce sont des pays qui ont connu la Révolution de velours, qui se sont transformés très rapidement. On trouve des artistes qui ont vécu sous l’ancien régime mais aussi dans la version d’aujourd’hui. C’est aussi très intéressant d’avoir leur vision représentée.

Est-ce que le théâtre en Bulgarie est un art fort ?

Oui, il y a une tradition théâtrale très forte dans les pays de l’Est. Le public suit, lorsqu’on va au théâtre là bas, il y a toujours du monde dans les salles. On y trouve des théâtres très organisés avec des équipes permanentes d’acteurs, des spectacles tous les soirs. Il y a quelque chose d’assez énergique à ce niveau là. Ca nous plaît fortement, d’autant qu’il y a beaucoup d’auteurs qui écrivent dans ses pays là et qui sont joués. Dans chaque équipe on trouve un spectacle de répertoire, des spectacles plus expérimentaux, il faut dire aussi qu’ils ont les théâtres adaptés pour ça, avec plusieurs salles dans un même endroit. C’est un système assez ouvert qui fonctionne avec la réussite publique, dans ce sens, cela ressemble à certains théâtres privés français.

Un petit mot sur le groupe Irfan, qui se produira à la Chapelle Saint Louis ?

C’est un groupe qui mélange tradition et musique moderne, c’est très agréable. J’ai d’abord été étonné, je connaissais mal, je pensais que nous aurions une musique slave énergique alors qu’on y trouve des accents orientaux, des choses proches de la Turquie. C’est une sorte de musique mélangée, typique de cette partie de l’Europe orientale.

C’est un plaisir de se rencontrer et d’apprécier une culture différente. C’est d’autant plus important que l’on vit une période un peu « renfermée » en France, où l’on trouve des gens un peu aigres, qui sont contre l’Europe, dans une volonté de repli sur soi

S’il fallait n’en voir qu’un, quel serait l’événement à ne pas louper lors de ce festival ?

Je suis fan de tout, j’aurais plus tendance à dire qu’il faut tout voir. Le premier jour sera vraiment très festif, avec un vrai faux mariage, nous organisons un défilé dans les rues de Rouen avec les mariés et une fanfare tzigane, tout ce petit monde finira à la Halle aux toiles pour un petit repas bulgare. La pièce Psychosis me plaît beaucoup, avec cet acteur formidable Ditchev, qui présente un spectacle tout à fait étonnant. Il y aura aussi un très beau spectacle à Val de Reuil, c’est une boîte qui se trouve sur la scène, les gens se trouvent tout autour, ils entendent ce qu’il s’y passe grâce à des hauts parleurs. Ca ressemble à un interrogatoire, c’est extrêmement fort comme mise en scène, comme jeu. Ces bulgares, ils sont vraiment biens !

Comment se fait le travail en amont ? Allez-vous repérer en personne les spectacles que nous retrouvons dans le festival de cette année ?

Oui, cela nécessite plusieurs voyages, j’ai aussi trouvé beaucoup de gens qui m’ont conseillés, j’ai aussi rencontré la responsable de RFI en Bulgarie qui m’a montré énormément de choses et fait rencontré des gens. Je me suis aussi entouré de Vladimir Petkov, qui lui travaille en France. C’est un dramaturge qui connaît très bien le théâtre bulgare. Il faut beaucoup de relais pour bien connaître les choses, ne pas seulement les voir comme dans une vitrine.

Il paraît que nous pourrons admirer certaines œuvres de Christo, est-ce vrai ?

Oui, c’est un peu grâce à notre chargée de communication puisqu’elle l’a contacté. Il a accepté de nous offrir une quarantaine de clichés de ses œuvres qu’il dédicacera. Nous allons les exposer.

Quels sont les lieux qui accueillent le festival ?

A Rouen, nous avons le Théâtre des deux rives, le Chapelle Saint Louis, le Conservatoire. A Val de Reuil, l’ancienne caserne des pompiers, le Théâtre éphéméride et la bibliothèque de la ville.

En quel sens ce festival trouve t-il sa légitimité d’après toi ?

Je trouve que c’est important de permettre ces rencontres au niveau européen, on a l’occasion de le faire en Haute Normandie. Le voyage représente encore l’avenir. C’est un plaisir de se rencontrer et d’apprécier une culture différente. C’est d’autant plus important que l’on vit une période un peu « renfermée » en France, où l’on trouve des gens un peu aigres, qui sont contre l’Europe, dans une volonté de repli sur soi. C’est bien de s’ouvrir et de s’inspirer d’autre chose, de voir qu’il y a des choses passionnantes ailleurs, d’autres façons d’organiser la vie, c’est ça qui me semble très important aujourd’hui ! Selon moi, l’avenir n’est pas l’accumulation des richesses, mais au contraire au partage, la culture fait partie de ces choses qui peuvent voyager sans que l’on parle forcément d’argent.

publié par Rod le 25.03.06

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