LFSM #3 : Mai + Our Broken Garden + Juana Molina à la Maroquinerie

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La Maroquinerie
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A une époque où les gros festivals pratiquent à la perfection l’art du copier/coller niveau programmation, il existe encore des irréductibles, prêts à prendre des risques sur le plan financier, pour faire découvrir à un public encore avide de sensations nouvelles des formations quasiment inconnues de la masse. En ce 20 avril 2009, Paris comptait des valeurs sûres, à l’instar de Ben Harper à la Cigale, ou encore The Ting Tings au Bataclan. Mais à la Maroquinerie, l’on proposait mieux que de simples sets éprouvés. 3 reines, chacune dans leur genre, ont su captiver le public au point de suspendre le temps et l’espace. Va trouver ça ailleurs, tiens.

  • Date : 20.04.09
  • Adresse : 23 Rue Boyer 75020 PARIS
  • Téléphone : 01 40 33 35 05
  • Web : www.lamaroquinerie.fr

Car vois-tu, il est des jours où même si le HibOO comptait 50 photographes et chroniqueurs, cela ne permettrait pas de rendre compte de ce qui se passe dans la capitale niveau concerts. Et en ce 20 avril, il aurait fallu être le Dr Manatthan pour réaliser l’impossible : entre les Revken à la Flèche d’Or, Ting Tings au Bataclan, Ben Harper à la Cigale, sans compter les « petits » concerts intéressants … les vacances scolaires ne sont pas synonymes de désertification culturelle, et l’on regrette dès lors de prendre des décisions cornéliennes.

Our Broken Garden a conditionné notre choix. On est plutôt fan ici d’Anna Bronsted depuis un bout de temps, et il apparaissait comme inconcevable de ne pas assister à son set. Par ailleurs, l’édition 2009 des Femmes s’en mêlent s’avère de loin le festival le plus riche en terme de découvertes sur Paris (et désormais en Province), et pour les amoureux de sonorités entendues nulle part ailleurs, rien de tel qu’un lieu comme la Maroquinerie pour apprécier à sa juste valeur des artistes qui auraient bien du mal à se produire sans ce type d’événement devenu bien trop rare, et du coup, ajoute quelque chose de précieux au projet.

Mai (www.myspace.com/ilovemai)

Cela fait 2 ans qu’on m’invite à aller voir Mai, une jolie blonde à la voix d’ange sortie des pays nordiques. Les rendez-vous furent pourtant pléthores : Divan du Monde, Nouveau Casino … rien n’y fit, impossible d’être libre à chacune de ses prestations. Et l’attente provoquée par ce petit bout de femme est clairement récompensée : Mai est un véritable voyage à elle seule. Outre son timbre vocal particulièrement pur et fin, l’on retiendra surtout une jeune femme heureuse de jouer devant un public aussi réceptif qu’amorphe (l’un n’empêchant pas l’autre, mais diantre, dès que les gens choisissent de s’assoir à la Maroquinerie, ça plombe quand même pas mal l’ambiance !) ; ses interludes font mouche, et les mélodies déployées sont d’une délicatesse sans équivalent. La moitié du répertoire sonne comme un tube systématique, et l’on appréciera que de nos jours, certains musiciens osent encore placer là où on ne s’y attend plus des tierces picardes du plus bel effet pour parachever leur coda. Ah oui, Mai est musique. Qu’on se le dise.

Our Broken Garden (www.myspace.com/ourbrokengarden)

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3 fois qu’elle vient à Paris. 3 fois qu’elle jouera de manière totalement nouvelle ses titres. La première rencontre fut au Point Ephémère, en première partie d’Efterklang. Anna Bronsted officiant dans le groupe fanfare taré, elle s’était permise de prendre son vieux clavier 70’s pour interpréter seule, avec l’aide de quelques samples vocaux, ses titres magistraux. Puis il y eut ce merveilleux concert à la Flèche d’Or, où seulement 30 parisiens sur 13 millions avaient daigné voir la médusante blonde. En formation complète. Avec batterie et tout. Une pure gifle orgasmique. Un véritable gâchis, seulement 60 conduits auditifs en avaient profité. Enfin, la prestation de ce soir. Un mix entre la première et la deuxième escale parisienne. Anna retourne aux claviers, sample à nouveau sa voix (le final de My Kinship vous pétrifie de par sa beauté aérienne), accompagnée de ses deux plus fidèles acolytes. Sans batterie, autant le dire, il faut prendre Our Broken Garden pour ce qu’il est : un projet tendant vers une sorte de quiétude et de plénitude absolue. Chez certains, cela se traduit par un ennui féroce, même si l’on appréciera l’écoute particulièrement attentive du public qui, reglieusement, happera sans broncher les lentes mélodies déployées dans l’atmosphère quasi paradisiaque de la Maroquinerie. Chez d’autres, même si les notions d’espace et de temps appartiennent désormais aux légendes urbaines, le temps passera trop vite. Un peu comme lorsque vous êtes amoureux, et qu’une journée passée avec l’élu(e) semble n’avoir duré que 20 minutes. Our Broken Garden est ce genre de concept capable de vous faire prendre conscience que l’âme existe, et qu’elle s’extirpe pour être au diapason des arrangements sublimement délicats. Ah bah oui, je te vois arriver avec tes gros sabots « ouais mais t’es fan ». Oui. Mais rien ne t’empêche de l’être aussi .. et en écoutant la voix cristallino-éraillée de la grande blonde, tu auras très peu d’efforts à faire (l’effort résidant dans l’acceptation du down tempo permanent)

Juana Molina (www.myspace.com/juanamolina)

Alors que la Maroquinerie a encore du mal à atterrir du set planant d’Anna Bronsted, tout en se rémemorant de la jolie prestation de Mai et de sa pétillante humeur, le public va se prendre un OVNI en pleine face. OVNI parce que Juana Molina est clairement aux antipodes des deux formations jusqu’alors proposées. OVNI parce que la tête d’affiche est seule sur scène. Avec un clavier trafiqué de partout, une guitare, de quoi sampler … et hop, welcome dans le laboratoire digne d’un épisode de the twilight zone. Cette argentine d’un charisme terrifiant va quelque peu bouleverser la donne : son univers n’est pas vraiment définissable, si ce n’est qu’on pourrait la comparer, de très loin, mais histoire que ça parle un peu aux gens, aux premiers concerts de Claire Diterzi période « solo ». Les mélodies se tissent au fur et à mesure des samples enregistrés, les arpèges acoustiques se fondent à des beats electro, des sons sortis d’une autre dimension se retrouvent distortionnés, samplés, scuptés afin de finir en riffs percutants et sans possibilité de s’en défaire. Par ailleurs, en adoptant sa langue d’origine, l’argentine brise les phrasés sur-usités de la langue de Shakespeare, accrochant inéluctablement les oreilles. Certes, les premiers titres demandent une attention particulière, l’adaptation n’est pas forcément aisée. Ensuite, l’on se retrouve assez surpris par ce concert qui s’apparente finalement à un one woman show musical. Le tempérament bouillonnant passe autant dans le regard que dans les notes, le tout servi brutalement, le corps stoïque servant de contre poids à ce regard perçant et à cette voix singulière, pour ne pas dire agressive. En d’autres termes, une découverte qui laisse des séquelles irréversibles. Et tant mieux.

Profitons-en pour remercier toutes les personnes qui m’ont aidées à capter Our Broken Garden : Nicolas P, Nicolas E, Hana et DPC. Un énorme big happy birthday à Rachel Cartier d’Ephélide, sans qui couvrir le festival des femmes s’en mêlent n’aurait pas été une mince affaire, et Claire d’Imperial Prod qui ne ménage pas ses efforts pour obtenir des droits de captation, quitte à prévenir 5 minutes avant le concert :)

publié par Rod le 21.04.09

archives.le-hiboo.com

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5 commentaires

  1. Très bien écrit! Je suis d’accord avec toi, des festivals ou on peut faire des découvertes sont devenus trop rare. Comme le disait Anna: « Les femmes s’en mêlent est le festival le plus cool du monde, je veux faire la même chose en Denmark! »

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  2. Classe ton montage Rod, ça retranscrit bien les sensations que l’on avait sur place ! Content aussi de voir mes lumières se balader ici et là ;-) Pour le son, je t’envoie mon mixage incessamment…

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  3. Une troisième vidéo est en cours de montage ? :)

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  4. la classe :) il te faudrait une section video Live ;) (à venir j’imagine :p)

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  5. tontonfranck 8.05.09 | 19:31

    Joie, bonheur et félicité!
    J’avais malheureusement raté ce concert faute de day off le lendemain. Ça me fait rudement plaisir de constater qu’Anna et ses amis ont produit un si beau show ce soir-là!!!!

    Merci à vous pour cette captation les gens!

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